- Le Monument-National dans la ville
- Une communauté en danger dans un monde en mutation
- Les premières années : Monument-National, terre d’accueil
- Le Monument-National et le mouvement des femmes
- Le Monument-National : terreau d’idées nouvelles et centre communautaire multiethnique
- Les scènes du Monument-National : innovations et avant-garde
- Éclectisme et succès populaires
- Le long naufrage du Monument-National
- Naître à nouveau, centenaire
5. Le Monument-National : terreau d’idées nouvelles et centre communautaire multiethnique
Pendant près de soixante ans, le Monument-National est un important centre de formation populaire. Inaugurés dès 1895, les « cours publics du Monument » forment des dizaines de milliers de personnes au génie, au droit, à la comptabilité, à l’hygiène, à la physique, aux arts, à l’histoire, à la littérature. C’est au Monument-National que se trouvent les racines de l’École polytechnique, de l’École des Hautes Études Commerciales, de l’École des beaux-arts et du Conservatoire d’art dramatique. Véritable université populaire, le Monument-National est aussi le premier siège de l’École ménagère fondée par les Dames patronnesses en 1904 dans le but d’enseigner aux femmes des rudiments d’hygiène, de diététique et de gestion ménagère et financière.
L’action du Monument-National – et à travers lui, de l’Association Saint-Jean-Baptiste – favorise également l’action ouvrière en abritant une multitude d’associations de travailleurs de tous les domaines de l’économie : commis marchands, employés d’usine, « demoiselles » des magasins, etc. À ce titre, le Monument-National contribue à l’essor du syndicalisme québécois. C’est dans cette même logique qu’il participe à l’éclosion du mutualisme à une époque où les banques refusent de prêter aux moins nantis. Le mouvement coopératif montréalais prend racine au Monument-National.
Grâce à sa localisation, à sa grande salle et aux multiples organismes sociaux et communautaires qu’il abrite, le Monument-National est de tous les vastes débats politiques qui marquent le Québec jusqu’au début des années soixante. D’Honoré Mercier, qui y a prononcé son dernier discours en 1893, jusqu’à Pierre Bourgault en 1966, les voix de tous les grands orateurs du Québec et du Canada ont résonné dans l’enceinte de sa grande salle.
Le Monument accueille également le premier Congrès juif canadien, en 1919, et sert de tribune à des personnalités dominantes de la scène internationale, dont David Ben Gourion, futur premier ministre israélien.
Les communautés chinoise, syrienne, italienne, noire, irlandaise ont toutes, à un moment ou à un autre, bénéficié de l’hospitalité et de l’appui du Monument-National qui a aussi été le principal foyer juif d’Amérique du Nord, à l’extérieur de New York, et l’un des premiers et des plus importants centres communautaires multiethniques d’Amérique.