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Fragments dhistoires
par Simon Brault,
directeur général
Je sors dune conférence de
presse au Monument-National. Une pluie froide tombe, signe avant-coureur
dun printemps bougon qui samorce à peine. Je
mengouffre dans un taxi et décline machinalement
ladresse de lÉcole nationale de théâtre
(ÉNT).
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Simon Brault. Photo : Monic Richard.
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Le chauffeur se retourne. Il connaît
bien lendroit : « Jai été
détenu là il y a longtemps. Cétait
la Cour du Bien-être social. On y enfermait les jeunes qui
faisaient des mauvais coups. Mes parents avaient insisté
pour quon my emprisonne quelques nuits pour me faire
réfléchir. Je réponds que je suis au courant
du passé de limmeuble. Non pas parce que jai
vécu cette époque cet homme pourrait être
mon père mais plutôt parce que jai lu
sur les années 50 et que des ouvriers ont démantelé
les dernières cellules au sous-sol il y a trois ans à
peine. »
Il poursuit : « Ça
a beaucoup changé depuis ce temps-là. Aujourdhui
jy reconduis des vedettes comme Monique Mercure ou Marcel
Sabourin. On entend chanter quand la porte souvre. Au printemps,
il y a plein de jeunes sur la pelouse qui lisent ou qui discutent.
Je sais quon y enseigne le théâtre. Il paraît
que cest difficile dy entrer. Nous autres, cétait
den sortir qui était compliqué. »
Ironie du sort ou du hasard, lancienne
prison est aujourdhui un lieu de rêve et dapprentissage
de la liberté. Cest une école dart et
par conséquent une école de vie. Les gens de théâtre
ont transformé ce lieu comme ils ont pris part à
lévolution de notre société depuis
le début des années 60.
Arrivé à destination, je
descends de la voiture en me disant que lhistoire est faite
dun millier de récits personnels. Je me dirige dun
pas pressé vers mon bureau où léquipe
du Journal se rencontre encore
une fois pour discuter du contenu du numéro spécial
du 40e anniversaire de lÉcole. Je me sens
maintenant bien préparé à cette discussion
Cette réunion de production du mois
de mars 2000 et toutes celles qui ont suivi ont été
fascinantes. Nous avons plongé avec curiosité dans
le passé, nagé allègrement dans les eaux
impétueuses du présent et vogué librement
à la surface des rêves qui sélaborent.
Nous avons cherché à concocter un Journal
contenant des parcelles de milliers dhistoires personnelles
qui composent lhistoire de lÉNT. En effet,
cette institution originale naurait pas pu atteindre cet
âge en aussi bonne forme sans la contribution de tous ces
hommes et de toutes ces femmes qui lont pensée, créée,
soutenue, vécue, défendue, financée, critiquée,
tirée dembarras, inspirée, mais surtout et
avant tout
aimée !
Nous avons voulu communiquer le sens, la
trajectoire et lexpérience de ce lieu où convergent
depuis 40 ans des artistes et des praticiens de théâtre
accomplis avec leurs vis-à-vis en devenir. Il nous fallait
parler de création, de découvertes, de recherche
ainsi que de transmission des traditions théâtrales
au quotidien. Nous avons également fait écho aux
souvenirs de nos anciens et aux souhaits danniversaires
de nos amis.
Maintenant, que la fête commence
! Toute la famille et tous les amis sont invités à
cet anniversaire. Nous aurons loccasion de nous rappeler
nos bons coups, de rigoler de nos pires gaffes, de nous souvenir
de ceux et celles que nous avons rencontrés au fil des
ans, de constater le chemin parcouru et surtout, dimaginer
et de créer lavenir.
Et si vous prenez un taxi à Montréal,
je vous souhaite de tomber sur le chauffeur qui a vu lÉcole
nationale de théâtre faire pousser des fleurs sur
lasphalte de sa jeunesse.

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