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Capteurs de rêves
par Lorraine Hébert
Lhistoire de lÉcole
nationale de théâtre (ÉNT) est faite de bonds
et rebonds, de mouvements en avancée et repli, au gré
des mouvances sociales, politiques, culturelles et idéologiques
qui lont tirée dans un sens ou dans lautre
et qui lont menée là où elle est aujourdhui.
Pareille à un sismographe, lÉNT
a enregistré les secousses du temps, les a devancées
ou contournées selon les personnes en place, leurs capacités
à traduire en gestes et en réalisations leurs intuitions,
leurs visions du monde et du théâtre. Il faudrait
rendre hommage à tous ceux qui ont fait lhistoire
de lÉcole au jour le jour. Mais cette histoire-là,
la vraie, ne se raconte pas.
Celle quon peut imaginer est marquée
tour à tour par les mouvances de la Révolution tranquille,
du « Peace and Love », du nationalisme,
du marxisme-léninisme, du féminisme, de lerrance,
de lindividualisme, de la désespérance et
de la mondialisation. Donc, après les grands commencements
de lÉNT (19601967), il y aurait eu la quête
fiévreuse dun ancrage identitaire et géographique
(1969-1979), puis lère des ajustements, des remises
en question et du repli stratégique (1980-1989) avant de
retrouver, dans les années 1990, lélan quil
lui fallait pour marquer ostensiblement sa place au pays et souvrir
sur le monde.
Les
grands commencements

La première équipe de direction de l'ÉNT :
Powys Thomas (directeur de la section English Acting),
Jean Gascon (directeur général), James de B.
Domville (directeur administratif), Jean-Pierre Ronfard
(directeur de la section Interprétation française).
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Le rêve des seize fondateurs de lÉcole
nationale de théâtre ne manquait pas dampleur
: du croisement de deux cultures-mères dont étaient
issues des traditions théâtrales exemplaires faire
naître un théâtre qui soit lexpression
de lâme dun pays, comme ce que le théâtre
russe était à lâme russe. Pour y parvenir
il fallait cultiver ces jeunes talents qui florissaient à
profusion dans tous les coins du pays et empêcher leur exode
vers lEurope ou les États-Unis, là où
ils avaient accès à des études supérieures
en art dramatique et choisissaient de faire carrière dans
bon nombre de cas. Simposait donc la création dune
première et grande institution nationale de formation,
ce que le rapport de la Commission royale denquête
Massey-Lévesque sur lavancement des arts, des lettres
et des sciences au Canada soulignait déjà avec emphase
en 1951. Quant au projet de réunir sous un même toit
les deux cultures et dy enseigner tous les métiers
du théâtre selon une approche conciliant tradition,
recherche et création, il était incarné par
le Français Michel Saint-Denis dont la réputation
dhomme de théâtre, de penseur et de pédagogue
visionnaire faisait lunanimité au sein des deux communautés
artistiques du Canada.
Un
trait dunion parfait
Le modèle décole
de théâtre que Michel Saint-Denis avait implanté
à Londres et en France traduisait, en objectifs et principes
pédagogiques, lidéal artistique du comité
fondateur mandaté par le Centre canadien du théâtre,
un organisme nouvellement créé pour représenter
la profession théâtrale sur la scène internationale
et alors dirigé par Jean-Louis Roux. La vision du théâtre
et de la formation de Michel Saint-Denis était lexpression
dun humanisme et dune morale artistique à la
base du renouveau théâtral qui, introduit en France
par Copeau, Dullin et Jouvet, avait permis de réhabiliter
un peu partout en Europe la notion de théâtre dart
et, à lautre bout du spectre, de redonner au théâtre
sa mission de service public. Michel Saint-Denis était
de toute évidence, et pour tous, lhomme de la situation,
bien quil trouvera finalement plus judicieux dexercer
le rôle de conseiller artistique auprès du comité
fondateur.

Michel Saint-Denis.
Photo : Archives La Presse.
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En 1953, le Stratford
Festival voyait le jour en Ontario. Déjà, il commençait
à engager des artistes du Québec, dont Jean Gascon(1)
et Gratien Gélinas, tous deux, par ailleurs, membres du
comité fondateur de lÉcole. La présence
de cette première grande institution nationale rendait
plus évidente encore la nécessité dassurer
la formation dartistes professionnels au Canada. Cependant,
le choix de lemplacement dune école nationale
de théâtre était loin de faire lunanimité.
Michel Saint-Denis pensait à Ottawa alors que le comité
était partagé entre Toronto et Montréal.
Après moult discussions et tractations,
Montréal sera finalement considérée, en raison
de son caractère bilingue et cosmopolite, comme « le
seul lieu au monde où créer une école de
théâtre dans laquelle se confondraient les cultures
de Shakespeare et de Molière. »(2)
Lutopie
des commencements
Jean-Pierre Ronfard qualifie « dutopie
heureuse » les premières années de lÉcole.
Alors directeur de la section Interprétation française,
il enseignait aux élèves de son camarade Powys Thomas,
directeur de la section English Acting qui, lui, donnait des cours
aux élèves francophones. Daprès les
témoignages recueillis, les quelques cours permettant de
réunir les deux groupes linguistiques nexistaient
déjà plus en 1965, à cause de la complexité
des horaires et de lexiguïté des locaux. Autre
manifestation de la belle utopie du départ : le déménagement
de lÉcole à Stratford en Ontario pendant la
saison estivale. « Cétait lémancipation
totale, javais le sentiment dentrer dans la modernité
et dêtre dans la meilleure école du monde,
rappelle avec ferveur et un brin de nostalgie la comédienne
Michèle Magny. Le Stratford Festival nous donnait accès
à une grande culture, celle de Shakespeare, nous étions
initiés aux façons dêtre, de vivre et
de jouer des acteurs anglais qui étaient et sont encore
parmi les plus grands de ce monde. » À la fin
de lété 1965, ladministration de lÉcole
devait se rendre à lévidence que « Stratford
en été » était dune telle
lourdeur quil fallait changer la formule. À partir
de 1967, ces sessions estivales prolongées seront remplacées
par des visites annuelles au Stratford Festival auxquelles sajouteront
par la suite celles du Shaw Festival de Niagara-on-the-Lake.
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Session d'été
à Statford en 1961
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Cela dit, la création dune
compagnie de tournée regroupant les meilleurs talents de
lÉcole et sillonnant le Canada dEst en Ouest
pour présenter des spectacles, en anglais et en français,
faisait aussi partie de lutopie fondatrice. Jean-Luc Bastien
était des deux premières tournées de la Troupe
des Jeunes Comédiens, fondée et dirigée par
Jean-Pierre Ronfard : « Jai joué pendant
deux ans et demi LAmour médecin
de Molière un peu partout au Canada, dans les écoles
dimmersion française et au sein des communautés
francophones. Il nous est arrivé de faire un détour
de 800 kilomètres pour aller jouer à Gravelbourg,
en Saskatchewan. On installait nos tréteaux, on jouait
et on donnait des ateliers de théâtre. Partout, on
était accueillis de façon extraordinaire par les
notables de la place. »
En 1966, la section francophone de la Troupe des Jeunes Comédiens
était prise en charge par le Théâtre du Nouveau
Monde dont Jean-Pierre Ronfard était le secrétaire
général, pour disparaître quelques années
plus tard, faute de financement. En se délestant de sa
troupe nationale, puis de son « école dété »,
lÉNT avouait son incapacité à tenir
tous les morceaux du rêve. Dehors comme dedans, lécart
entre les deux cultures sétait creusé, et
chacune savait que lÉcole devait emprunter une voie
séparée pour arriver à donner corps et voix
à son théâtre.
Les
recommencements
Survient un signe avant-coureur du
grand bouillonnement artistique que lÉcole connaîtra
dans les années 1970 : la démission en bloc des
élèves de troisième année du programme
dInterprétation en décembre 1968, devant le
refus de la direction, dorigine européenne, dobtempérer
à leur désir de monter un texte québécois
de leur choix. À lintérieur, pas trop de remous
daprès ce que confie un élève de cette
époque, Yvan Saint-Onge : « Nous avons refusé
de les suivre parce que nous étions trop jeunes pour comprendre
la portée du geste. Les cours ont continué comme
si de rien nétait et cest la classe de deuxième
année, dont je faisais partie, qui sest retrouvée
à lUniversité St. Louis au Missouri pour présenter
le spectacle initialement prévu pour la classe de finissants. »
À lextérieur, par
contre, les démissionnaires venaient gonfler les rangs
dun mouvement démancipation théâtrale
au sein duquel sactivaient déjà plusieurs
comédiens, comme par hasard diplômés de lÉcole
nationale de théâtre. Gilles Renaud, Nicole Leblanc,
Louisette Dussault et Jean-Luc Bastien, pour nen nommer
que quelques-uns, faisaient les premières belles heures
du Théâtre du Même Nom dirigé par lauteur
et metteur en scène Jean-Claude Germain. Comme par hasard
encore, ce dernier se retrouve à lÉcole, entre
1971 et 1987, professeur dhistoire du théâtre
et premier titulaire du programme dÉcriture dramatique.
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La première
troupe des Jeunes Comédiens : Louise Forestier, Louisette
Dussault, Monique Rioux, Jean-Luc Bastien, Claude Grisé,
Marcel Paradis et Roger Blay.
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Lélan
attendu
En 1971, lentrée en poste
dAndré Pagé, assisté de Michelle Rossignol,
à la direction du programme dInterprétation,
donnait à lÉNT cet élan quon
attendait delle depuis la contestation de 1968. Pour arriver
à déployer dans toute son ampleur le geste dune
oralité et dune expressivité trop longtemps
contenues, lÉcole faisait le pari de former en même
temps des acteurs, des auteurs et des metteurs en scène.
Des textes commandés spécialement pour les exercices
publics des élèves seront entre autres écrits
par Victor-Lévy Beaulieu, Clémence Desrochers, Raoul
Duguay, Michel Garneau et Roland Lepage. Lorientation ainsi
donnée au projet pédagogique de lÉcole
suivait de près le modèle Saint-Denis qui plaçait
au centre de lactivité théâtrale le
texte dramatique tout en insistant sur la dimension collective
du théâtre et la relation dinterdépendance
entre les différents métiers de la scène.
Une
orientation contestée
Pour toute une partie de la relève
professionnelle, lorientation de lÉcole en
faveur de lauteur à peine avouée
était déjà dépassée, voire
jugée réactionnaire. Le théâtre dimprovisation
était la seule voie démancipation de « lacteur-créateur »
et la création collective, un mode idéal dentraînement
au partage du pouvoir de la création. Par extension, labolition
des fonctions de lauteur ou du metteur en scène au
sein de la troupe de théâtre au profit de lacteur
entièrement responsable dune parole collective préfigurait
lhomme nouveau dans une société sans classes.
Cette position, défendue avec panache par le Grand Cirque
Ordinaire et le Théâtre
Euh
, devait rallier
un grand nombre de compagnies réunies au sein de lAssociation
québécoise du jeune théâtre (AQJT)
à partir de 1972.
Avec Marx, Hegel, Charles Fourrier et Mao
comme lectures de chevet, les tenants dun théâtre
politique révolutionnaire taxeront lÉNT dêtre
un parfait modèle de production et de reproduction dune
main-duvre efficace et nombreuse pour le marché
existant. En résumé, voici
ce quécrivaient les codirecteurs de lAQJT(3)
: lécole de théâtre était liée
organiquement aux théâtres institutionnels qui, par
leurs structures, correspondaient à des entreprises capitalistes
et véhiculaient les valeurs de la bourgeoisie (individualisme,
vedettariat, concurrence, etc.).
Une
direction visionnaire
La distance donne un tout autre éclairage.
Dans la mouvance sociale de la fin des années 1970 au Québec,
on enterrait les idéologies de gauche et on réhabilitait
les fonctions de lauteur et du metteur en scène à
lintérieur des équipes de création.
Du coup, on reconnaissait à lÉcole davoir
permis lédification dun répertoire québécois,
la définition dune grammaire de jeu propre à
lacteur dici et la redéfinition des modes et
des rapports de production au sein de léquipe de
théâtre. La preuve en est leffet dentraînement
quelle exerce sur les autres écoles de théâtre
qui, les unes après les autres, font une place dans leurs
exercices publics à la création collective, à
la commande de textes à des auteurs dici et aux uvres
du répertoire québécois. De grands acteurs,
auteurs dramatiques, metteurs en scène et directeurs de
compagnie sont issus de ce laboratoire de formation à la
création quest encore aujourdhui lÉNT.
François Archambault, Yvan Bienvenu, Dominic Champagne,
René Richard Cyr, Yves Desgagné, Jasmine Dubé,
Élise Guilbault, Guy Nadon et Julie Vincent sont des noms
qui viennent spontanément à lesprit. Il y en
a bien dautres.
Lancrage
géographique
Durant ces années dancrage
identitaire (1969-1979), lÉcole réussit contre
vents et marées à planter ses racines en terrain
ferme. Le directeur administratif de lépoque, Jean
Pol Britte, raconte avec force éloquence les obstacles
à surmonter pour réussir à avoir pignon sur
rue et disposer despaces et déquipements enfin
adaptés aux besoins dune école en
expansion(4). Après plus
de dix ans derrance, linstitution emménageait
au 5030, rue Saint Denis à lautomne 1970, obtenait
les subventions requises pour construire une annexe et une petite
salle de 150 places en 1977 un projet annoncé en
1961 et devenait enfin propriétaire, en 1978, du
Monument-National quelle louait depuis 1965.
Quant on y songe aujourdhui, il
ny a pas vraiment de hasard : lÉcole sinstallait
dans lancienne Cour provinciale du Bien-être social,
dans un des quartiers les plus francophones de Montréal,
celui de Michel Tremblay, en pleine Crise doctobre. Quelques
20 ans plus tard, elle restaurait de la plus belle manière
le Monument-National et lui redonnait sa vocation originelle
bien mal perçue et trop peu connue de centre et
de diffuseur culturel dans le quartier le plus cosmopolite de
Montréal, au cur du Red Light, boulevard St-Laurent.
Pas de hasard vraiment dans le fait que
ce soit lÉcole nationale de théâtre,
institution elle-même atypique dans le paysage culturel
québécois et canadien, qui ait su comment délier
le destin paradoxal qui avait été celui du Monument-National
depuis sa création en 1893.(5)
Dans
le creux de la vague
Ce
qui semble aller de soi pour les élèves qui sinscrivent
à lÉcole aujourdhui aurait pu disparaître.
Au tournant des années 1980, linstitution était
au plus fort dune crise financière et institutionnelle
que Robert E. Landry, alors président du Bureau des gouverneurs,
rappelle en ces termes : « (
) certaines personnes
en étaient venues à sinterroger sur le dynamisme
pédagogique de lÉcole, sur sa relation avec
la communauté anglophone du Canada, sur son emplacement
à Montréal, sur sa prétendue perte de vitesse,
etc. De plus, comme nos gouvernements tenaient un discours alarmant
sur les déficits des organisations culturelles et le financement
des arts en général, linquiétude envahissait
le milieu des arts et népargnait pas lÉcole,
qui croyait son avenir menacé.(6) »
Tous sentendent pour décrire
le climat qui régnait alors : morosité, grande noirceur,
fatigue, essoufflement, désillusions et insécurité.
Peu de place pour le rêve et laventure collective
: lentrée en scène des agents dartistes
pour diriger des carrières désormais solitaires
indiquait bien la direction des vents au sein de la profession.
On vivait léchec référendaire, la glorification,
puis la faillite de Québec inc., une crise économique
qui perdurait, laffaiblissement des mouvements syndicaux
et collectifs ainsi que les ratées des projets de démocratisation
de léducation et de la culture. Les théâtres
devenus des entreprises théâtrales
ouvraient leurs portes aux administrateurs, aux spécialistes
en développement de marché, en marketing et en relations
publiques : il fallait désormais gérer la « productivité
théâtrale » tout comme le gel des crédits
alloués à la culture et aux arts et une inflation
sans précédent des coûts des matériaux
et de la main duvre. Lère était
à lutilitarisme et à léconomisme
à tous crins. Une diplômée du programme de
Décoration de lÉNT, Ginette Noiseux, attribue
à ce changement radical de culture et de valeurs sociales
« la perte de savoir-faire dartisans inestimables
avec la fermeture au début des années 1980 des grands
ateliers de couture, de teinture et de costumes ».
Forte
de ses 25 ans
Malgré ces années de
dérive, lÉcole célébrait en
grande pompe ses 25 ans dexistence. Elle semble avoir trouvé
là lénergie de procéder à un
examen approfondi de sa mission et de ses structures administratives
et pédagogiques. Sous la gouverne de Jean-Louis Roux, alors
directeur général de linstitution, lexercice
savère constructif. Il permet de réaffirmer
la mission artistique et pédagogique de lÉNT
sur le plan national et de souligner avec force et acuité
lurgence de régler les problèmes de financement
dune institution dont la vocation et la mission étaient
toujours nationales.
Dans lénergie du grand ménage
arrivait aussi, il faut le dire, du sang neuf pour assurer la
relève. Cest dailleurs sous la direction de
Gilles Renaud et dYves Desgagnés aux programmes dInterprétation
et dÉcriture dramatique que celui-ci trouvera à
peu de chose près sa définition actuelle. Aujourdhui,
les futurs auteurs peuvent choisir leurs conseillers en écriture,
ont accès à des cours de techniques décriture
(structure dramatique, personnages, adaptation) et sont initiés
à lécriture théâtrale pour les
jeunes publics, à lécriture télévisuelle,
etc.
Un
véritable phare
Aux dires du directeur général
de lÉNT, Simon Brault, plusieurs des idées
contenues dans le Rapport(7)
rédigé et déposé par Jean-Louis Roux
en mars 1988 au Bureau des Gouverneurs, se concrétiseront
grâce à un nouveau positionnement de lÉcole
sur les scènes locale, nationale et internationale. Les
années 1990 marquent un tournant décisif dans la
destinée de lÉcole : tous les efforts sont
investis dans lactualisation de son discours sur sa mission
culturelle et artistique et dans la réalisation de projets
garants dune véritable consolidation organisationnelle.
Sil est un mot dordre dans
la nouvelle impulsion donnée à lÉcole,
cest celui de la « démocratie des talents »,
synonyme douverture sur la communauté dune
institution à caractère privée qui dispose
dorénavant de ressources intellectuelles et déquipements
à mettre au service de la collectivité. Grâce
à la restauration du Monument-National et sa réouverture
comme lieu de formation et de diffusion culturelle en 1993 ;
grâce aux travaux de rénovation du Pavillon Michel
et Suria Saint-Denis rendant plus accessible à la population
sa bibliothèque riche de plus de 42 000 ouvrages en 1995
; grâce à une stratégie de souscription qui
porte à plus de 3 millions $ le capital permanent
des Fonds de bourses destinés aux élèves
au moment décrire ces lignes, lÉcole
nationale de théâtre atteignait bel et bien les objectifs
quelle sétait fixés.

Monique
Mercure, alors directrice générale de l'ÉNT,
accueille les élèves lors de la rentrée
à l'automne 1995.
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Concilier son statut décole
privée avec la mission de service public quelle voulait
exercer dans la communauté en était un. Faire reconnaître
sa vocation décole nationale en obtenant du ministère
du Patrimoine canadien lassurance dêtre soutenue
pour une part importante de son financement en était un
autre. Marquer son appartenance et sa contribution à la
vie culturelle et théâtrale canadienne en était
un troisième tout aussi important.
Désormais confirmée dans
sa vocation dinstitution nationale, plusieurs autres défis
lattendent. Comment continuer à dispenser une formation
professionnelle à la fine pointe de ce qui se fait ici
et ailleurs dans les différents métiers de la scène,
tout en préservant lapproche humaniste au fondement
même de son projet pédagogique et de sa culture institutionnelle ?
Comment intégrer et refléter la réalité
multiculturelle de la société dans laquelle elle
est désormais solidement ancrée ? Que lÉcole
nationale de théâtre ait réussi à faire
coexister pendant 40 ans deux cultures sous un même toit
et quelle puisse entrevoir aujourdhui la possibilité
dun réel dialogue tient du miracle et du plus beau
paradoxe.
Les utopies sont des moteurs puissants
de transformation et de dépassement. À la condition
de savoir comment composer, jour après jour, avec le principe
de réalité tout en préservant la substance
du rêve originel. Savant dosage !
1
Jean Gascon exercera avec panache la fonction de directeur général
de lÉNT, de 1960 à 1963, tout en étant
directeur artistique du Théâtre du Nouveau Monde.
2
Jean Pierre Ronfard, « LUtopie heureuse »,
Journal, ÉNT, Montréal, été
1996, p. 6.
3
Claude Couillard et Jacques Vézina, « Les
Écoles de théâtre », Bulletin
Jeune Théâtre, no 5, 1975.
4
LÉcole, Le Premier quart de siècle de
lÉcole nationale de théâtre du Canada,
« Chroniques de lÉcole nationale de
théâtre du Canada », Montréal,
éd. Stanké, p. 27-52.
5
Lhistoire de ce « Monument inattendu »,
telle que racontée par Jean-Marc Larue, fait comprendre
le pouvoir dattraction quexerçait et exerce
encore une ville capable de contenir autant de cultures : francophone,
anglophone, chinoise, syrienne, juive, irlandaise, vietnamienne,
italienne, grecque, etc.
LARRUE, Jean-Marc. Le Monument
inattendu : le Monument-National 1893-1993, LaSalle, Les
éditions HMH ltée, 1993, 322 p. (Cahiers du Québec
Collection Histoire)
6
Lavenir de lÉcole nationale de théâtre
du Canada, « Avant-propos », p.i-ii,
rapport rédigé par Jean-Louis Roux, version définitive,
mars 1998, Montréal, document interne.
7
Op.cit.

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