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Les anciens : tout feu tout flamme
par Diane Jean et
Claudine Saint-Germain
Il sagissait de tenflammer,
non de tenseigner. Jean Genet semble avoir écrit
ces mots pour les élèves de lÉcole
nationale de théâtre. Plus quun simple lieu,
cest un milieu de vie qui les marque pour longtemps. Sils
y ont appris leur métier, ils ont surtout développé
des liens indéfectibles avec dautres passionnés
de théâtre, professeurs et élèves confondus.
Rencontre avec des anciens allumés et flamboyants.
Paul
Savoie (Interprétation, 1970) Élise
Guilbault (Interprétation, 1985)
Dominic Champagne (Écriture dramatique, 1987)
Lucie
Janvier (Production, 1996) Jean
Bard (Décoration, 1988) Marie-Eve
Gagnon (Mise en scène, 1996) François
Papineau (Interprétation, 1990) Sophie
Clément (Interprétation, 1965) Véronique
Borboën (Décoration, 1980) Jacques
Vézina (Production, 1972) Carole
Fréchette, (Interprétation, 1973)
Allain Roy (Production,
1986) Danièle
Lévesque (Décoration, 1982) Patrice
Coquereau (Interprétation, 1986)
Paul
Savoie (Interprétation, 1970)
Ayant découvert
les joies de la scène pendant son cours classique, Paul
Savoie faisait du théâtre amateur à Montréal
quand il a entendu parler de lÉcole nationale de
théâtre et a décidé de sinscrire.
« Jai aimé lÉcole dès
le premier moment, raconte-t-il. Moi qui venais dun collège
guindé et strict, je tombais tout à coup dans un
endroit où régnaient la liberté et la folie.
Ce fut tout de suite un coup de foudre. »
Celui quon a notamment
vu dans Les Trois Derniers
Jours de Fernando Pessoa et
Urfaust
a particulièrement aimé les cours « physiques ».
« Je me souviens
notamment de Jeff Henry, un grand Noir qui était très
inspirant. Cétait une sorte de modèle ;
il était danseur, et très beau à voir bouger.
Pour un ti-pit
sortant du collège, passer une heure avec lui, cétait
extraordinaire ! »
Le comédien
dit aussi avoir beaucoup appris au contact de Henri Doate, théoricien
et praticien dorigine française : « Il ma
fait découvrir une sorte de retenue dans le jeu, ainsi
que le respect du texte. Mais la vraie découverte fut Jean-Pierre
Ronfard. Il ma ouvert de grandes perspectives sur le jeu,
la liberté, linvention. »
Aujourdhui,
cest cette ouverture sur le monde que Paul Savoie retient
comme lenseignement le plus précieux quil ait
reçu à lÉcole. « Ces trois années
mont surtout servi à me dégrossir au plan
intellectuel, résume-t-il. LÉcole ma
fait lire davantage, ma mis en contact avec des auteurs
et ma donné de plus en plus le goût de jouer. »
Élise
Guilbault (Interprétation, 1985)
La
comédienne, qui avoue navoir jamais tellement aimé
les études, se demandait si elle aurait lénergie
nécessaire pour compléter sa formation à
lÉNT. Il semble quelle sy soit bien intégré.
La rencontre dAndré Brassard a été
déterminante pour celle qui était de la distribution
de plusieurs spectacles du metteur en scène dont Les
Paravents, Des Restes humains non identifiés
et La Trilogie des Brassard.

Photo : Johanne Mercier.
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Elle retient
aussi lenseignement du professeur de voix Claude Brabant
: « Avant dentrer en scène, je fais encore
ses exercices pour délier la langue et travailler la voix.
Lorsque je joue avec dautres comédiens qui ont suivi
ses cours, nous faisons les mêmes réchauffements
en coulisses. »
Elle évoque
avec plaisir lambiance particulièrement conviviale
de lÉNT : « Nous étions comme une famille.
Nous nous connaissions tellement. En nous promenant dans la rue,
nous nous étonnions de constater que la planète
continuait de tourner, quil se passait autre chose que ce
que nous vivions à lintérieur des murs de
lÉcole. »
Les professeurs
rappelaient aux élèves quils se devaient davoir
une vision du monde claire, que le théâtre nétait
pas déconnecté de ce qui se passait autour deux.
Pour linterprète inoubliable de la reine Christine
dans LAbdication,
lÉNT est une école de vie. « Je suis
très fière dêtre de ceux et celles qui
ont reçu cet enseignement. Jétais très
jeune à lépoque et tous et chacun mont
influencée, ont façonné ce que je suis maintenant.
Ce passage ma définie. »
Dominic
Champagne (Écriture dramatique, 1987)
Lhomme
de théâtre qui nous a donné Cabaret
neiges noires, Lolita,
Don Quichotte
et LOdyssée,
des spectacles hauts en couleurs et en émotions, se sentait
mal à laise à son arrivée à
lÉcole nationale de théâtre. « La
première journée, je suis arrivé en retard.
La voix de Jean-Louis Roux qui faisait son discours de bienvenue
résonnait dans lentrée. Javais limpression
que je navais pas daffaire là ! »
Limpression
a été de courte durée : Dominic Champagne
a passé littéralement les trois années suivantes
à ne pas en sortir, entre autres en concoctant des spectacles
dété dans la cour de lÉcole.
Il y a fait des rencontres qui lont marqué, a travaillé
avec les Victor Lévy-Beaulieu, Michel Garneau, Jean-Claude
Germain... « Ce que lÉcole offre de plus
précieux, cest probablement les rencontres avec tous
ces gens de théâtre. Nous y voyions quatre spectacles
par session, nous en parlions à la cafétéria
: il était toujours question de théâtre. Jy
ai noué des amitiés. Et combien de spectacles sont
nés à la Brasserie Laurier ! »
Ancien élève
du programme dÉcriture dramatique, il constate létendue
de la latitude qui lui était donnée. « Jai
écrit cinq ou six pièces qui ont pu être montées
à labri des critiques. Cest difficile de négocier
cette liberté dans le milieu. Il y a des impératifs
qui nexistaient pas à lÉcole ; nous
devons gagner notre vie, nous cherchons la reconnaissance. LÉcole
permet dexpérimenter en toute liberté, sans
contraintes. À ma sortie, jétais rempli de
tout ce que jy avais vécu, javais de la matière
pour plusieurs pièces », note-t-il.
Lucie
Janvier (Production, 1996)
La
directrice administrative du Théâtre Ô Parleur,
la compagnie de théâtre qui nous a donné les
pièces Littoral et
Rêves,
est arrivée à lÉcole avec un baccalauréat
en comptabilité ainsi quune expérience pratique
de direction de production au Théâtre de Cuivre de
Rouyn, sa ville natale.
Elle
se rappelle ses premières journées de formation
où les élèves étaient tout de suite
mis dans le bain ; où on leur apprenait le maniement des
appareils de scène dès la première journée.
« Je me souviens de Charles Maher, alors directeur de tournée
: il était grand, costaud, barbu et avec sa grosse voix,
il nous racontait des anecdotes de voyage. »
Elle évoque
aussi spontanément Jean-Pierre Ronfard et sa passion communicative
du théâtre. « Il a dit une chose dont
je me souviendrai toujours, qui revient comme un leitmotiv : « Si
vous nêtes pas convaincus que le spectacle auquel
vous travaillez nest pas lévénement
de lannée, ça ne vaut pas le coup ! »
LÉNT
lui a permis un contact permanent avec la création, elle
y a rencontré Wajdi Mouawad et, dès sa sortie, a
travaillé de concert avec lauteur et metteur en scène.
Elle considère quelle y a acquis de bons outils pour
devenir directrice dune compagnie de théâtre,
en plus dun appui concret. « Je me suis fait une liste
de contacts. Les professeurs nous donnaient leur numéro
de téléphone et nous disaient de ne pas hésiter
à les appeler si nous avions des questions à leur
poser. Je my suis référée souvent,
ça donne une sorte de continuité de la formation.
Cest un réseau qui prendrait des années à
mettre sur pied. »
Jean
Bard (Décoration, 1988)
Sa
première journée à lÉNT, Jean
Bard sen souvient très bien. « On rencontrait
François Barbeau, seul à seul, puis Jean-Louis Roux,
qui nous souhaitait la bienvenue et nous enflait la tête
en nous disant que nous étions lélite des
gens de théâtre », lance celui qui a conçu
létonnant décor de
Durocher le milliardaire.
Le
scénographe avait auparavant réalisé des
décors de théâtre, mais il manquait de vocabulaire
et de technique. Cest pour cette raison quil sest
inscrit à lÉcole : « Ce qui mimpressionnait,
cest que nous navions jamais limpression dêtre
en formation ; nous apprenions en travaillant sur des productions
et en dessinant de longues heures durant. »
Lorsquon
lui demande si un professeur en particulier la influencé,
il nomme sans hésiter Denise Filliatrault : « Jai
fait deux productions avec elle. Elle ma appris à
foncer, à exiger des choses. Elle disait : « Si
tu veux quelque chose, braille ! » Et
puis, il évoque François Barbeau, qui les poussait
à aller au bout de leurs idées, qui croyait en une
formation pratique. Extrêmement actif depuis plusieurs années
sur les scènes montréalaises, notamment au Nouveau
Théâtre Expérimental, le scénographe
considère avoir appris limportance dune bonne
préparation avant toute réalisation. « Nous
apprenions à communiquer avec le metteur en scène
et nous découvrions limportance des réunions
de production. » Il souligne également le respect
de la personnalité de chaque concepteur : « Ce
qui importait cétait plus notre façon de travailler
que le résultat final. »
Marie-Eve
Gagnon (Mise en scène,
1996)

Photo : Louise Leblanc.
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Au
moment de son inscription à lÉNT, lauteure
et metteure en scène, Marie-Eve Gagnon, était déjà
diplômée de lUniversité du Québec
à Montréal en art dramatique, possédait une
expérience théâtrale, ne rêvait pas
dêtre une vedette. Elle souhaitait plutôt expérimenter
tous les aspects du théâtre. Cest pourquoi
elle a suivi le programme de Mise en scène : « Ce
qui mintéressait avant tout, cétait
la globalité du processus de création, linteraction
entre les différents éléments qui composent
un spectacle, autant les costumes, les éclairages, que
lécriture ou le jeu. LÉcole
moffrait loccasion daller au fond des choses,
de vérifier quel genre dartiste je suis. LÉcole
sadapte aux élèves quelle accueille.
Jai senti beaucoup de souplesse dans lenseignement.
Il y avait place pour la spontanéité. »
Lauteure
de Pitié pour les vieilles
chiennes sales a pu ainsi mettre
en scène ses propres écrits, développer un
langage particulier avec des professeurs comme Jean-Pierre Ronfard,
qui lont fortement influencée. « Nous
avions des discussions à propos des grands textes de la
dramaturgie. Je questionnais ma place en tant que femme dans le
monde. Nous nous stimulions les uns les autres. »
Pour elle,
lÉcole a été avant tout le lieu de
rencontres marquantes, à la cafétéria comme
dans les salles de classe. Elle le constate maintenant quelle
est devenue à son tour professeur : « Cet endroit
donne la possibilité de trouver ceux avec qui tu vas rêver.
Javais le sentiment que nous étions aimés
et respectés. Jai dailleurs toujours senti
ce respect de lartiste en nous. »
François
Papineau (Interprétation, 1990)
Le
comédien, fabuleux Ulysse de LOdyssée
présenté au TNM, se rappellera toujours de sa première
journée à lÉcole nationale de théâtre
: « Je nai aucune mémoire des dates, mais je
me souviens de ce 2 septembre 1986. On nous avait demandé
danalyser des pièces durant lété.
Javais travaillé très fort, je navais
pas dormi la veille, jétais très nerveux.
Ce travail, je lai encore. On ne nous la jamais réclamé... »

Photo : Paul-Antoine Taillefer.
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Sortant
dun programme détudes en sciences pures, ne
connaissant personne qui avait fait lÉcole, il découvre
un milieu, des techniques. Il se passionne tout de suite pour
le travail de création. « Je
me souviens surtout de la production LOpéra
de Quatsous, où
il fallait apprendre à jouer dun instrument et chanter
en plus dinterpréter. Cétait un spectacle
complexe dirigé par Gilles Renaud. Il était très
réussi. » Pour le polyvalent interprète,
vu entre autres dans Motel
Hélène et La
Puce à loreille,
lenseignement de Jean Asselin a été précieux.
Le metteur en scène, spécialiste du mime, la
tout de suite engagé à sa sortie de lÉcole
pour La Célestine.
Si le travail
corporel lintéressait, le comédien a aussi
été allumé par la technique de jeu américaine
enseignée par Jean-Pierre Bergeron. « Nous étions
en contact avec plein de façons différentes de penser
et de faire le théâtre, ce qui fait que jai
surtout appris à former mes idées en les confrontant
à celles des autres. Jétais comme un filtre
: ouvert à toutes les influences, appliquant ensuite les
techniques qui mallaient le mieux. »
Sophie
Clément (Interprétation, 1965)
Quand
Sophie Clément est entrée à lÉcole
en 1962, celle-ci venait à peine douvrir ses portes.
Elle était encore située dans des locaux exigus
sur la rue De la Montagne, et sa situation financière était
précaire. « Le directeur administratif nous
disait sans arrêt "profitez-en, on ne sait pas
combien de temps ça va durer
", raconte Sophie
Clément. Ça nous mettait dans un état durgence
perpétuel. »
En
même temps, la jeunesse de linstitution lui donnait
une atmosphère fébrile et créatrice. « On
avait limpression de participer à quelque chose de
nouveau. Il y régnait une ferveur extraordinaire. »
Trente-cinq
ans plus tard, la comédienne qui a aussi touché
à lécriture et à la mise en scène
garde un bon souvenir de lÉcole : « Jean-Pierre
Ronfard et Eleonor Stuart mont beaucoup inspirée.
Lui par sa culture et sa rigueur, elle par sa compassion et sa
passion. Gaétan Labrèche faisait appel à
notre intelligence émotive plus quà notre
raison et je me souviens de lui avec bonheur. Marcel
Sabourin nous provoquait par son excentricité et son exubérance
et avec lui, jai vécu des expériences inoubliables.
Si
lapprentissage était au rendez-vous, les difficultés
y étaient aussi. « Cétait à
la fois enthousiasmant et douloureux, explique Sophie Clément.
Mais malgré tout, je me levais chaque matin en me disant
: "wow,
je suis dans une école de théâtre !" »
Véronique
Borboën (Décoration, 1980)
La
scénographe et enseignante, entrée en 1978 à
lÉNT, nen est jamais véritablement sortie.
Avant même dy être admise, cette passionnée
de théâtre restait après les représentations
afin daider aux démontages, juste pour être
sur les plateaux. « Jaimais la littérature,
lhistoire, le dessin... On me disait trop dispersée,
je narrivais pas à trouver quelque chose qui contienne
tout ça. »

Photo : Les Paparazzi.
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La
scénographie présentait un amalgame parfait de ses
intérêts variés. Très volubile, elle
jure que pendant ses années dapprentissage, elle
ne parlait pas, absorbait tout. François Barbeau la
fortement influencée. Elle salue sa rigueur et constate
quil lui a appris des choses quelle a comprises des
années plus tard, parfois sous forme de détails
techniques qui lui reviennent en mémoire. « On
travaillait à la sueur de notre front. On navait
pas de vie à lextérieur, on dormait parfois
au Monument-National. »
Maintenant
professeure à lÉcole, elle constate que certaines
choses ont changé : « À lépoque,
on ne nous parlait pas de contrats, dargent. Maintenant,
il me semble que la concurrence est plus grande. Je présente
aux élèves une ouverture vers dautres médiums
comme la télévision ou le cinéma. Ils sont
moins naïfs, plus au fait de la réalité. »
Mais heureusement, il y a un esprit qui ne change pas : « Tout
est compté de nos jours. Or, à lÉcole
nous enseignons aux élèves quil y a dautres
valeurs que la société de consommation. Cette notion
de générosité, de travailler ensemble à
un même projet sans compter ses heures, est toujours présente. »
Jacques
Vézina (Production, 1972)

Photo : Gilles Duchesneau.
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Codirecteur
général et directeur administratif du Théâtre
dAujourdhui, Jacques Vézina, étudiait
la philosophie à lUniversité du Québec
à Montréal au début des années 70,
mais avait plutôt envie dun travail concret. Il sinscrit
à lÉcole nationale de théâtre
en production. Ce milieu est
peu à peu devenu toute sa vie : « À cette
époque, jétais réfractaire à
lautorité, au théâtre traditionnel.
Jétais très contestataire. Avec mes collègues,
je discutais certains travaux. Nous étions contre la hiérarchisation
du théâtre et nous avions envie dautre chose. »
Il se souvient des longues heures passées dans lancien
Monument-National, de léquipe de La quenouille bleue,
une compagnie fondée entre autres par Michel Rivard avec
qui il travaillait lété.
Devenu à
son tour professeur, lancien rebelle, qui a aussi été
directeur administratif du Théâtre Denise-Pelletier,
enseigne aux élèves ce qui, à son avis, manquait
à lépoque. « Jenseigne ladministration,
mais mon cours est plus axé sur la vie telle que vécue
réellement dans les théâtres dici. Je
leur parle du fonctionnement du milieu théâtral à
lextérieur des murs de lÉcole »,
explique-t-il.
Ce quil
retient de ses études, outre les différents aspects
techniques liés au travail de production, cest lamour
du théâtre insufflé aux élèves.
« Contrairement à plusieurs autres, je nen
rêvais pas depuis mon enfance. Jai découvert
un milieu de vie qui me plaisait. Jai appris la rigueur,
le respect des échéances et des lieux théâtraux. »
Carole
Fréchette (Interprétation, 1973)
Rejointe
avant son départ pour le Liban, où elle participe
à une rencontre décrivains, lauteure
dramatique trace les grandes lignes dun parcours pas du
tout banal. Formée dabord comme actrice, Carole Fréchette
est devenue auteure après avoir vécu laventure
de la création collective avec le Théâtre
des cuisines quelle a fondé avec dautres comédiennes
dans les années 70. En rupture de ban avec les institutions,
elle voyait le théâtre à travers les idéologies
qui avaient cours lors de ces années de changements sociaux.
Plus tard, elle écrivait
notamment Baby blues,
Les Quatre Morts de Marie
et Les Sept Jours de Simon
Labrosse.

Photo : Rolline Laporte.
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« Ma
formation à lÉcole me sert en tant quauteure,
me donne une connaissance du jeu de lintérieur. Jai
une meilleure conscience du rythme. Les comédiens affirment
dailleurs que mes répliques se disent bien, je me
mets aisément dans leur peau, je dis mes répliques
à voix haute. »
De ses années
dapprentissage, elle retient surtout lenseignement
de Louis Spritzer autour du travail vocal : « Son esprit
et sa rigueur mont accompagnée pendant toute ma formation.
Lorsque je fais des lectures de mes textes ou que je dois parler
en public, je pense aux notions de présence et douverture
qui mont été inculquées. Ce que jai
appris des techniques vocales mest resté, jai
appris à me centrer. »
Elle aime
que lenseignement à lÉcole nationale
de théâtre soit axé sur un travail pratique
et concret. « Nous apprenions en montant des spectacles,
ça na pas changé. Je croyais en cette manière
dapprendre. Jy crois encore. »
Allain
Roy (Production, 1986)

Photo : Maxime Côté.
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Dabord
étudiant en théâtre à lUniversité
de Moncton au Nouveau-Brunswick, Allain Roy était très
attiré par latmosphère particulière
du théâtre. Le cours de production de lÉNT
lui donnait loccasion de voir cet art des coulisses : « Pendant
les années dapprentissage, tu ne fais que ça,
tu ne vis rien dautre. Jai
limpression davoir accompli en trois ans ce qui en
prend cinq dans le milieu professionnel. Je vois ces années
comme le terme dun voyage. Jarrivais dans un pays
que jaimais. »
Les professeurs
qui lont le plus influencé sont les metteurs en scène
avec qui il a travaillé au cours des productions étudiantes :
René Richard Cyr, Gilles Renaud et Jean-Pierre Ronfard.
« Jy ai connu latmosphère dune
production. Le temps semble prendre une autre dimension :
deux mois ressemblent à trois ans. Cest très
concentré. Cest un milieu très protégé,
très fermé. » Il évoque aussi
avec émotion le directeur technique de lÉcole,
Robert Tremblay, décédé lan dernier.
Il noubliera pas « son dévouement et son
investissement total ».
Assistant
metteur en scène et régisseur, celui qui a travaillé
auprès des metteurs en scène les plus reconnus,
comme Robert Lepage ou Martine Beaulne, est maintenant membre
du Groupement Forestier du Théâtre en plus denseigner
depuis cinq ans à lÉcole. « Les
élèves ont maintenant un contact plus direct avec
le milieu, les professeurs sont des praticiens actifs dans nos
théâtres. Et puis, il y a une plus grande collaboration
entre les différents programmes, ce qui favorise lémergence
de troupes de théâtre, plutôt que dindividus
isolés. »
Danièle
Lévesque (Décoration, 1982)
La
scénographe Danièle Lévesque, qui a oeuvré
sur toutes nos scènes avec plusieurs metteurs en scène
tels René Richard Cyr, Claude Poissant, Lorraine Pintal
et Alice Ronfard, est entrée très jeune à
lÉcole nationale de théâtre. Munie dun
diplôme détudes collégiales en esthétique
de présentation, elle navait déjà quune
envie : apprendre à concevoir des décors de théâtre.
« Comme beaucoup de gens, jai été marquée
par François Barbeau, qui ma prise sous son aile,
ma fait travailler à son atelier, ma éveillée
artistiquement. Il avait une approche très émotive.
Maintenant, avec les nouvelles technologies, laccent est
davantage mis sur la technique. Je considère que nous avons
eu de la chance, nous cherchions surtout une façon personnelle
de nous exprimer. »
LÉcole
a été pour elle une famille. Ce mode de vie lui
convenait très bien, elle se sentait encadrée, soutenue.
« Au début, je voulais abandonner, nous devions
exposer notre travail, parler devant tous de ce que nous faisions,
jai peu à peu appris à confronter mes craintes.
» Elle y a acquis des connaissances artistiques, musicales,
architecturales. Mais à sa sortie, elle ne se sentait pas
prête à faire le saut dans le milieu professionnel,
nayant jamais conçu de scénographie pour un
grand plateau. Cest Michelle Rossignol, alors directrice
du programme dInterprétation, qui lui a donné
son premier contrat.
Maintenant
professeure à son tour, Danièle Lévesque
constate que son travail auprès des élèves
est demeuré proche de lesprit qui lanimait
durant ses années dapprentissage. « Mon approche
est aussi plus artistique que technique. Je veux dabord
aider les jeunes à trouver leur signature. »
Patrice
Coquereau (Interprétation, 1986)
Remarquable
comédien, agile et polyvalent, Patrice Coquereau se souvient
avoir été très impressionné, à
son arrivée à lÉcole, par lexpérience
et le précieux bagage que Michelle Rossignol, alors professeure
de jeu, transmettait aux élèves.
Linterprète,
dont on ne peut quapprécier les qualités dacteur
comique, se rappelle aussi, avec un plaisir évident, lenseignement
de Denise Filliatrault qui lui a confié un rôle dans
Les Fridolinades
à la fin de ses études. « Je me sentais
prêt à affronter la vie professionnelle, mais jétais
très vulnérable. À
lÉcole, on était encadrés, cétait
sécurisant. Mais jai eu la chance dêtre
engagé très rapidement en sortant. Ça ma
donné confiance en moi. »
Il
évoque ensuite latmosphère propre à
lÉcole : « Je réutilise bien sûr
les techniques de respiration que jai apprises, mais ce
qui mest resté par-dessus tout, cest lesprit
qui y régnait. Jétais tout le temps survolté,
pas du tout zen. Cétait tellement intense ! »
Et il y a eu des rencontres importantes, des gens avec qui il
allait fonder Les éternels pigistes, une compagnie qui
nous a donné la pièce Quelques
humains.
Patrice Coquereau, quon
a pu voir la saison dernière dans
Crime contre lhumanité
et Jacynthe de Laval,
voit lÉcole comme un formidable creuset didées
et de techniques. « Je dirais aux aspirants comédiens
de cultiver leur esprit critique et leur indépendance de
pensée, de se servir de ce qui est proposé à
lÉcole et de faire leurs propres choix »,
conclut-il.

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