Le
comité de gestion : comme les cinq doigts de la main
par Jacinthe
Tremblay
Ils sont cinq, dhorizons,
de responsabilités et dexpériences différents.
Mais ils partagent une commune passion pour cette École
dont ils sont désormais les premiers guides et gardiens
: le directeur général, Simon Brault ; le directeur
des études et du partenariat, Gilles Renaud ; la directrice
artistique des programmes dInterprétation, dÉcriture
dramatique et de Mise en scène, Denise Guilbault ; la
directrice artistique des programmes Acting, Playwriting et
Directing, Sherry Bie ; et la directrice des finances, Peggie
Clermont. Le Journal
les a réunis le temps dune table ronde ponctuée
de débats, de complicité et de fous rires.

Denise Guilbault, Simon
Brault, Sherry Bie, Gilles Renaud, PeggieæClermont.
Photo : Maxime Côté.
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Le
Journal
: Vous avez à présenter
lÉcole nationale de théâtre (ÉNT)
en quelques mots. Que dites-vous ? (Silence et soupirs
unanimes pendant deux longues minutes.)
Simon
Brault (pour rompre la glace) : Quand
elle était petite, ma fille parlait de « la
colle nationale ». (Rires
Sauf pour Sherry Bie,
le temps dune traduction
)
Sherry
Bie : Oh, « The National Glue! »
(Rires
Silence à nouveau.)
Gilles
Renaud (à qui lÉcole colle
à la peau depuis
longtemps) : Jexpliquerais
sans doute que cest la plus grande école de théâtre
au Canada. Ça peut avoir lair prétentieux,
mais il faut y croire pour être ici. Cest la seule
qui offre une formation dans toutes les disciplines du théâtre
— interprétation, écriture dramatique, scénographie,
production et, dès septembre, mise en scène —
où les élèves travaillent avec leurs pairs,
des gens de leur génération. Cela crée une
dynamique unique.
Simon
Brault : LÉcole est la seule responsable de
son discours, de sa trajectoire et de son destin. Aucune loi ne
la créée. Elle ne possède aucun curriculum
figé. Elle nest pas issue dune planification
étatique. Elle est une initiative libre et spontanée
de la société civile du début des années
60 alors que la société entrait dans la modernité.
Elle doit sans cesse refaire la preuve de son utilité et
de sa pertinence. Cest une responsabilité parfois
lourde à porter.
Denise
Guilbault : Je connais lÉcole depuis 20 ans
et ce qui me frappe, cest que ceux qui y enseignent sont
toujours actifs dans le milieu et que les quelques professeurs
permanents cherchent sans cesse à se renouveler. Lair
y change constamment et les courants dair, cest très
bon pour la santé !
Sherry
Bie : Pour les élèves des programmes anglophones,
lÉcole présente une occasion extraordinaire
dappréhender leur culture dorigine autrement
en les rendant conscients de leurs racines. Nos élèves
viennent de partout au Canada. Leurs références,
leurs expériences et leurs rêves de théâtre
sont différents.
Denise
Guilbault : Une des meilleures marques de confiance envers
lÉcole est que ses diplômés reviennent
y enseigner.
Gilles
Renaud : Ici on apprend, et cela depuis les débuts,
quun artiste doit transmettre son art. La plupart des élèves
le comprennent et rêvent même de le faire. Ça
permet de remettre les pendules à lheure.
Sherry
Bie :
et de se ressourcer.
Le
Journal :
Comment définissez-vous le rôle de lÉcole
et le vôtre dans la vie des élèves ?
| Le comité
de gestion réunit une fois par mois les membres du
comité de coordination pour passer en revue les projets
et les réalisations, et échanger sur les grandes
orientations de l'École.
Le comité de
coordination comprend (rangée du haut) : le directeur
du programme de Scénographie, Guido Tondino ; la
titulaire du programme Playwriting, Maureen Labonté
; la responsable des communications et des publications,
Valérie Rhême ; le directeur du Monument-National,
Guy Coté ; la titulaire du programme d'Écriture
dramatique, Elizabeth Bourget ; l'assistante du directeur
général, Monique Néron ; le directeur
du programme de Production, Michel Gosselin ; le bibliothécaire
en chef, Wolfgang Noethlichs ; le directeur du programme
Technical Production, Norbert J. Muncs ; (rangée
du bas) Sherry Bie ; Gilles Renaud ; Denise Guilbault ;
Simon Brault ; Peggie Clermont. Photo : Maxime Côté.
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Gilles
Renaud : Leur séjour à lÉcole
est une période intense qui va décider de leur vie.
Être formé ici, cest décrocher de la
réalité. Est-ce un passage obligé ? Je sais
que ça na jamais été évité.
Quand on travaille en théâtre, cest la même
chose. Un mois avant et pendant les représentations, on
na plus de vie ou plutôt, on vit une passion. Plus
largement, le rôle de lÉcole est de former
les créateurs de demain. Mon rôle à moi consiste
à massurer que les formateurs soient habités
par ce désir.
Denise
Guilbault : Au théâtre, un acteur met tout
son corps, tout ce quil est au service dun personnage.
Pour y parvenir, il doit atteindre et maintenir léquilibre,
être en excellente santé physique et mentale. LÉcole
doit contribuer à faire de ses élèves des
êtres solides sur le plan émotif. Pour moi, en 2001,
cela suppose à la fois de chercher à alléger
les horaires tout en redonnant leurs lettres de noblesse à
des notions comme leffort, la discipline et la ponctualité,
non pas au détriment de linstinct et du talent, mais
pour les nourrir encore plus. Cest beau un étalon
sauvage, mais un cavalier qui sait le monter, cest encore
plus merveilleux.
Sherry
Bie : Je crois quun contexte déséquilibrant
peut faciliter lapprentissage et engendrer la théâtralité,
particulièrement dans un environnement de confiance et
de liberté où la maladresse est permise. LÉcole
est un lieu idéal pour créer un tel environnement,
particulièrement pour les jeunes qui arrivent du Canada
anglais. Ils perdent leurs repères familiers et sont forcés
découter, de redéfinir leur vision. Cest
un miroir parfait du processus créatif.
Le Journal
: LÉNT
se dit un lieu démergence du théâtre
de demain. Quest-ce que cela implique dans le contexte actuel
?
Gilles
Renaud : Nous ne voulons imposer aucune vision de ce que
devrait être le théâtre. Par exemple, lorsquAndré
Pagé a pris la direction du programme dInterprétation
en 1971, il na jamais prétendu vouloir créer
une dramaturgie québécoise. Mais il la fait
! Notre réflexe de base doit être de rester à
laffût de ce que les élèves nous apportent
et de les aider à aller plus loin. Si on veut les amener
dans une direction précise, on limite les possibilités.
Denise
Guilbault : On ne peut pas planifier, par exemple, de former
des acteurs qui seront également metteurs en scène.
Cest souvent arrivé mais après. Ça
se passe à lenvers. Nous sommes toujours au bord
de la falaise, toujours en mouvance. Par les professeurs réguliers
et les formateurs invités, nous essayons de multiplier
les contacts des élèves avec les réalités
du théâtre. Nous essayons de leur offrir un espace
fertile.
Sherry
Bie : Lan dernier, un physicien lauréat du
prix Nobel a joyeusement reconnu, lors dune conférence
à lUniversité de la Colombie-Britannique,
que les scientifiques ne trouvent jamais ce quils prévoient
découvrir. Ce qui est crucial, cest le processus,
pas le résultat. Les besoins de chaque élève
sont différents. Ici, on plante des graines. Malgré
nos quêtes individuelles et collectives, ce que nous trouverons
sera parfois tout autre.
| Les
dossiers chauds La
mise en place des programmes de formation en mise en scène ;
le partage des ressources entre les différents programmes
et les fonctions de soutien à l’enseignement
(bibliothèque, ateliers, etc.) ; la mise à
jour des politiques d’évaluation du personnel
et des élèves ; la santé physique
et psychologique des élèves ; les communications
à l’interne et avec les différents publics
que souhaite rejoindre l’École ; les échanges
internationaux… « Bref, tout ce qui est
d’une importance stratégique pour le développement
et le fonctionnement d’une école de théâtre
qui se réinvente constamment », explique
Simon Brault. |
Simon
Brault : LÉNT a toujours refusé dadopter
une vision ou un style précis, mais sest plutôt
assurée de toujours réunir une masse critique de
personnes aux vues et aux pratiques diverses. Par contre, sans
vouloir dicter ce que sera le théâtre, nous le défendons
et nous nous questionnons sans cesse sur son avenir.
Sherry
Bie : LÉcole fait beaucoup pour le milieu
théâtral québécois. Nous avons cependant
un long chemin à parcourir pour rejoindre davantage celui
du Canada anglais. Et notre modèle de rapprochement et
déchanges sera forcément différent.
Je crois de plus en plus quil faut demander aux communautés
théâtrales de tous les coins du pays ce que nous
pouvons faire pour elles. Nous devrons être plus proactifs
à lavenir.
Le
Journal : Le comité
de gestion introduit une direction collective élargie pour
lÉcole. Quels en sont les avantages ?
Simon Brault
: En tant que directeur général,
je tiens à travailler en équipe. LÉNT
est une organisation complexe qui valorise la complexité.
Nous fonctionnons souvent par instinct. Nous rationalisons à
la dernière minute. Pour pouvoir composer avec cette complexité,
juger et trancher, il faut vraiment compter sur un noyau de personnes
aux expériences, aux compétences et aux responsabilités
complémentaires qui acceptent de travailler à un
projet commun.
Gilles
Renaud : Nous sommes quatre Québécois sur
cinq membres, ce qui nest pas un reflet de la composition
de la grande famille de lÉcole. Lorsque nous discutons,
mes exemples sont souvent liés à la réalité
québécoise. Sherry me ramène à lordre
gentiment, bien sûr ! Or, il arrive que nous découvrions
que nous avons des choses insoupçonnées en commun.
Par exemple, lauteur Georges F. Walker a joué un
rôle capital pour Denise, en mise en scène, et pour
Sherry et moi, en interprétation.
Peggie
Clermont : Notre diversité est aussi celle dunivers
aussi différents que les arts et les chiffres. Je suis
issue de celui de la finance, un monde aux règles strictes
dont lÉcole a aussi besoin. En même temps,
en comprenant mieux les idéaux de mes collègues
et les besoins de lenseignement, je peux présenter
des alternatives de gestion qui soutiennent les objectifs pédagogiques.
Je peux aussi proposer des outils pour que les directeurs de programmes
puissent tirer le meilleur parti des budgets dont ils sont responsables.
Simon
Brault : Jai trop longtemps assumé seul les
enjeux liés à largent. Je suis heureux de
pouvoir les partager maintenant. Cela dit, ce nest pas le
mandat premier du comité de gestion. Nous discutons dabord
de nos rêves et de nos ambitions. Les échanges sur
les moyens pour les réaliser viennent ensuite.
Sherry
Bie : Je pense que les questions financières sont
importantes pour chacun de nous. Il est capital, par exemple,
que nous soyons tous préoccupés par le fait quaucun
jeune ne doit être refusé par manque dargent.
Je pense aussi quil est important quon sache tous
faire des choix budgétaires judicieux et quon prépare
nos élèves à affronter laspect business
de leur vie dartiste. Mais il ne faut pas oublier que les
rêves doivent se trouver au premier plan. Si ce nest
pas possible à lÉcole, cela ne le sera nulle
part ailleurs !
Gilles
Renaud : Les discussions que nous avons ici nous permettent
de savoir où chacun se situe et veut aller. Ensuite, les
gens peuvent cheminer à leur manière. Nous respectons
la répartition de nos tâches, mais nous souhaitons
aussi développer une compréhension commune de cette
institution en constante ébullition
Simon
Brault :
et continuer, comme lÉcole
la toujours fait, à prendre des risques.

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