NO 18 – AUTOMNE / FALL 2001

Vie étudiante : mise à l’épreuve

par Raymond Bertin

Après les auditions et les stages, la première épreuve qu’ont à vivre les élèves nouvellement admis à l’École nationale de théâtre (ÉNT), comme dans bon nombre d’institutions, consiste en un rituel d’initiation pensé et organisé par les élèves des deuxième et troisième années. Pour la plupart, l’événement est une assimilation à la communauté de l’École, voire à la grande famille théâtrale.

Geneviève Maynard. Photo : Maxime Côté.

 

Geneviève Maynard, qui entame sa troisième année au programme d’Interprétation, a expérimenté l’initiation de deux points de vue : d’abord en première année où elle l’a vécue, puis aux rentrées scolaires suivantes où elle s’est amusée à la faire subir aux « petits nouveaux ». Elle se remémore l’état d’esprit dans lequel elle se trouvait la première fois : « J’étais excessivement énervée, j’avais peur, je ne savais pas ce qui allait se passer. Je me disais : “Je n’ai pas envie d’être malade, d’être soûle ou de manger quelque chose de dégueu, bref je n’ai pas envie que ce ne soit pas le fun.” Comme rien de désagréable ne se produisait au cours du déroulement, je pensais : “S’ils m’ont ménagée jusqu’à maintenant, la fin sera horrible !” »

Pascal Lafond, qui en est à sa deuxième année au programme d’Écriture dramatique, a connu des initiations « beaucoup plus hardcore ». Il aurait pu essayer d’y échapper cette fois-ci, mais, lance-t-il, « j’ai assumé mon destin ! C’est gênant de ne pas participer. On se dit : si je n’y vais pas, de quoi je vais avoir l’air ? »

L’an dernier, après s’être réunis au parc Laurier où on les avait convoqués, les nouveaux élèves, vêtus dans l’élégant style hawaïen, se sont vus entraînés vers l’École dans ce que Geneviève appelle un « théâtre mouvant » sur le thème du voyage. Des sketches leur ont été présentés dans les différents locaux de l’ÉNT, des monstres les ont surpris dans les couloirs, puis dans la cour intérieure…

Bienvenue à l’ÉNT !

 

Pascal Lafond. Photo : Maxime Côté.

Pour Geneviève Maynard et Pascal Lafond, il n’y a pas de quoi faire un drame de l’initiation à l’École. « Dans le fond, c’est un gros party, avoue la comédienne en devenir. On veut que les gens s’amusent et qu’ils se sentent à l’aise. C’est la participation qui prime. Ils entrent dans une école de théâtre où ils apprendront toutes sortes de choses, entre autres à s’éclater. » Pascal ajoute : « Il y a une envie de créer qui te pousse à participer. Tu n’es pas en période de spectacle, aucune critique ne viendra après, ça se vit là, au présent, et ceux qui ne l’ont pas fait ne savent pas de quoi on parle. » (Rires)

« Je considère l’École comme une famille, précise Geneviève. On est toujours en groupe, ce qui entraîne une proximité qu’on ne retrouve pas, par exemple, à l’université où il y a beaucoup plus de monde. L’initiation permet « d’envelopper » les nouveaux. On les guide en toute sécurité à travers une histoire, un peu comme on le fait pour endormir les enfants. »

Pascal conclut : « Quand on en est à la chanson de la fin, l’émotion est là ! Et on dit « ouf » !, parce qu’il n’est rien arrivé de grave. C’est comme si on te disait : « Oui t’es là ! On t’accepte ! » Quand tu te fais dire : « Bienvenue à l’École nationale de théâtre », il y a une bouffée d’émotions qui monte en toi… C’est quelque chose qui ne s’oublie pas, disons. »

À chacun son rituel

Pascal Gélinas, qui débute sa deuxième année au programme de Production, est l’un des rares élèves à avoir refusé de prendre part au jeu de l’initiation qu’il juge puéril et désuet : « Je reçois une lettre qui m’invite à me présenter à tel endroit, telle date, telle heure, avec un casque de bain, du sucre, une serviette de plage, des vêtements de rechange, de la farine… Je me dis : « C’est quoi ça ?! » Je pense que la meilleure façon d’intégrer un groupe, c’est de prendre le temps de s’asseoir et de discuter pour apprendre à se connaître. Pour moi, boire une bière à la brasserie et se faire taquiner toute la soirée a plus de sens que de se mettre les mains dans le Jello ou la moutarde... »

Le jeune homme a bien sûr dû expliquer son refus de participer à l’initiation aux élèves de sa classe. Cette rencontre, qui s’est déroulée dans un respect mutuel, a enrichi la relation qu’il a tissée avec eux. « La black list, c’est virtuel », lance-t-il en s’esclaffant. Il a senti sa véritable intégration au fil des cours et des exercices, et se souvient d’un moment particulièrement marquant, qui a eu lieu le soir de la première du spectacle d’ensemble auquel prennent part les élèves de première année : « On se préparait pour la représentation, quand les élèves des deuxième et troisième années sont entrés pour nous encercler, chandelles en main, en faisant un mantra. Ça, c’était quelque chose. J’ai été content de le vivre. C’est un rituel qui, à mon sens, a une plus grande valeur. C’était comme s’ils nous disaient : « Allez-y, foncez, on est avec vous ». J’ai senti qu’ils nous accueillaient et que je franchissais une étape dans mon insertion au sein de l’École. »

Pascal Gélinas. Photo : Maxime Côté.

« De toute façon, poursuit cet Abitibien déraciné, l’important est de ne pas se sentir seul. Le sentiment d’appartenance se développe avec le temps, car tu travailles avec les élèves des autres disciplines et des différents niveaux. Les rapports qui se créent sont solides. »

S’il y a une chose sur laquelle tous s’entendent, c’est sur l’excellence de l’enseignement à l’École nationale de théâtre, et sur la complicité qui unit les membres d’une communauté à laquelle ils sont fiers d’appartenir. Tout tourne autour de ce sentiment et ce, peu importe la manière dont se fait l’intégration au groupe.



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