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Vie étudiante :
mise à lépreuve
par Raymond Bertin
Après les auditions et les
stages, la première épreuve quont à
vivre les élèves nouvellement admis à lÉcole
nationale de théâtre (ÉNT), comme dans bon
nombre dinstitutions, consiste en un rituel dinitiation
pensé et organisé par les élèves des
deuxième et troisième années. Pour la plupart,
lévénement est une assimilation à la
communauté de lÉcole, voire à la grande
famille théâtrale.
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Geneviève
Maynard. Photo : Maxime Côté.
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Geneviève Maynard, qui entame sa troisième année au programme dInterprétation, a expérimenté linitiation de deux points de vue : dabord en première année où
elle la vécue, puis aux rentrées scolaires suivantes où elle sest amusée à la faire subir aux « petits nouveaux ». Elle se remémore létat desprit dans lequel elle se trouvait la première
fois : « Jétais excessivement énervée, javais peur, je ne savais pas ce qui allait se passer. Je me disais : “Je nai pas envie dêtre malade, dêtre soûle ou de manger
quelque chose de dégueu, bref je nai pas envie que ce ne soit pas le fun.” Comme rien de désagréable ne se produisait
au cours du déroulement, je pensais : “Sils mont ménagée jusquà maintenant, la fin sera horrible !” »
Pascal Lafond,
qui en est à sa deuxième année au programme
dÉcriture dramatique, a connu des initiations « beaucoup
plus hardcore ».
Il aurait pu essayer dy échapper cette fois-ci, mais,
lance-t-il, « jai assumé mon destin !
Cest gênant de ne pas participer. On se dit : si je
ny vais pas, de quoi je vais avoir lair ? »
Lan dernier,
après sêtre réunis au parc Laurier où
on les avait convoqués, les nouveaux élèves,
vêtus dans lélégant style hawaïen,
se sont vus entraînés vers lÉcole dans
ce que Geneviève appelle un « théâtre
mouvant » sur le thème du voyage. Des sketches leur
ont été présentés dans les différents
locaux de lÉNT, des monstres les ont surpris dans
les couloirs, puis dans la cour intérieure
Bienvenue
à lÉNT !
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Pascal
Lafond. Photo : Maxime Côté.
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Pour Geneviève
Maynard et Pascal Lafond, il ny a pas de quoi faire un drame
de linitiation à lÉcole. « Dans
le fond, cest un gros party, avoue la comédienne
en devenir. On veut que les gens samusent et quils
se sentent à laise. Cest la participation qui
prime. Ils entrent dans une école de théâtre
où ils apprendront toutes sortes de choses, entre autres
à séclater. » Pascal ajoute : « Il
y a une envie de créer qui te pousse à participer.
Tu nes pas en période de spectacle, aucune critique
ne viendra après, ça se vit là, au présent,
et ceux qui ne lont pas fait ne savent pas de quoi on parle. »
(Rires)
« Je considère lÉcole
comme une famille, précise Geneviève. On est toujours
en groupe, ce qui entraîne une proximité quon
ne retrouve pas, par exemple, à luniversité
où il y a beaucoup plus de monde. Linitiation permet
« denvelopper » les nouveaux. On les guide en toute
sécurité à travers une histoire, un peu comme
on le fait pour endormir les enfants. »
Pascal conclut
: « Quand on en est à la chanson de la fin, lémotion
est là ! Et on dit « ouf » !, parce quil
nest rien arrivé de grave. Cest comme si on
te disait : « Oui tes là ! On taccepte
! » Quand tu te fais dire : « Bienvenue à lÉcole
nationale de théâtre », il y a une bouffée
démotions qui monte en toi
Cest quelque
chose qui ne soublie pas, disons. »
À
chacun son rituel
Pascal
Gélinas, qui débute sa deuxième année
au programme de Production, est lun des rares élèves
à avoir refusé de prendre part au jeu de linitiation
quil juge puéril et désuet : « Je
reçois une lettre qui minvite à me présenter
à tel endroit, telle date, telle heure, avec un casque
de bain, du sucre, une serviette de plage, des vêtements
de rechange, de la farine
Je
me dis : « Cest quoi ça ?! »
Je pense que la meilleure façon dintégrer
un groupe, cest de prendre le temps de sasseoir et
de discuter pour apprendre à se connaître. Pour moi,
boire une bière à la brasserie et se faire taquiner
toute la soirée a plus de sens que de se mettre les mains
dans le Jello ou la moutarde... »
Le jeune homme
a bien sûr dû expliquer son refus de participer à
linitiation aux élèves de sa classe. Cette
rencontre, qui sest déroulée dans un respect
mutuel, a enrichi la relation quil a tissée avec
eux. « La black
list, cest virtuel »,
lance-t-il en sesclaffant. Il
a senti sa véritable intégration au fil des cours
et des exercices, et se souvient dun moment particulièrement
marquant, qui a eu lieu le soir de la première du spectacle
densemble auquel prennent part les élèves
de première année : « On se préparait
pour la représentation, quand les élèves
des deuxième et troisième années sont entrés
pour nous encercler, chandelles en main, en faisant un mantra.
Ça, cétait
quelque chose. Jai été content de le vivre.
Cest un rituel qui, à mon sens, a une plus grande
valeur. Cétait comme sils nous disaient : « Allez-y,
foncez, on est avec vous ». Jai senti quils
nous accueillaient et que je franchissais une étape dans
mon insertion au sein de lÉcole. »
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Pascal
Gélinas. Photo : Maxime Côté.
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« De toute
façon, poursuit cet Abitibien déraciné, limportant
est de ne pas se sentir seul. Le sentiment dappartenance
se développe avec le temps, car tu travailles avec les
élèves des autres disciplines et des différents
niveaux. Les rapports qui se créent sont solides. »
Sil y a
une chose sur laquelle tous sentendent, cest sur lexcellence
de lenseignement à lÉcole nationale
de théâtre, et sur la complicité qui unit
les membres dune communauté à laquelle ils
sont fiers dappartenir. Tout tourne autour de ce sentiment
et ce, peu importe la manière dont se fait lintégration
au groupe.
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