NO 18 – AUTOMNE / FALL 2001

Les anciens : les débrouillards

par Diane Jean

Ils sont comédiens, il est auteur. Pour ces quatre-là, jouer ou écrire ne suffit pas. Il leur a fallu créer des plates-formes sur mesure afin de mieux exprimer leur vision particulière du monde et du théâtre.

Sylvain Bélanger (Interprétation, 1997)

Le Théâtre du grand jour fait figure de dissident dans le paysage parfois tranquille du théâtre québécois. Alors que certains déplorent le manque d’implication des jeunes pour toutes causes politiques ou sociales, la compagnie dirigée par Sylvain Bélanger a réalisé un Sommet sur l’engagement, l’automne dernier, qui présentait des pamphlets écrits par une trentaine de jeunes créateurs.

Sylvain Bélanger

La compagnie produit également des spectacles de jeunes auteurs, comme Olivier Choinière (Écriture dramatique, 1996) ou Steve Laplante (Interprétation, 1996), et souhaite plus que tout diriger un lieu de diffusion des arts vivants, un endroit dans lequel les artistes pourront créer et proposer des spectacles à leur image.

Sylvain Bélanger s’est lancé dans l’aventure après un coup de fil d’Éric Belley, un organisateur d’événements ambitieux et décidé. « Il avait le projet de fonder un lieu théâtral pour les jeunes de 18 à 35 ans. Il avait monté un plan d’affaires élaboré et sérieux. Il lui manquait un directeur artistique. On s’est rencontré, j’ai finalement accepté son idée. »

C’était en 1998. Depuis, le Théâtre du grand jour a mis au monde des événements originaux, aidé en cela par un mécène inattendu, Ben Weider, qui encourage l’alternative théâtrale proposée par Bélanger. Ce dernier prévoit, pour l’année qui vient, un second Sommet, portant cette fois-ci sur la liberté.« En tant que directeur artistique, souligne Sylvain Bélanger, j’organise ma propre vision du monde. D’autres créateurs se lancent dans l’aventure, ont envie de réfléchir, de se questionner. Le théâtre peut faire avancer les choses. »

Stéphane Théorêt (Interprétation, 1992)

Stéphane Théorêt

Une bande de joyeux créateurs attendent les visiteurs dans l’ancien couvent de Sainte-Marguerite de Lingwick, en Estrie. Stéphane Théôret, membre de la troupe du Cochon souriant, est heureux du chemin parcouru ; il y a cinq ans, qui aurait parié sur cette idée farfelue de créer une compagnie de théâtre ambulante comme il en existe beaucoup en Europe, sur ce rêve de diffuser le théâtre dans des lieux qui n’y ont pas accès ?

L’idée a fait son chemin, Stéphane aussi. Le comédien part en tournée avec la production de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes, L’Histoire de l’oie ; fait du théâtre en Écosse ; revient au Québec deux ans plus tard et saute dans le train déjà en marche du Cochon souriant. L’enchaînement s’est fait naturellement. « J’ai toujours eu un malaise par rapport au théâtre montréalais, un peu trop bourgeois à mon goût. Et puis, je n’aimais pas trop l’idée d’avoir à me vendre comme acteur. Où était ma part de créateur ? »

Réaliser un rêve de cette envergure demande temps et persévérance. Les premières années du collectif sont difficiles, mais exaltantes ; tout se fait en groupe, la création comme l’administration. La troupe présente des spectacles sous chapiteau, donne des ateliers de théâtre, fait de l’improvisation, effectue des tournées, en ayant toujours à cœur de bien accueillir les spectateurs.

« À la fin de certains spectacles, on offre de la soupe, et les spectateurs sont invités à partager avec les acteurs. Il faut rendre le théâtre aux gens. »

Carl Roy (Écriture dramatique, 1999)

Rien à voir avec les méga-productions façon Broadway ; le théâtre musical que Carl Roy écrit et met en scène s’avoisine au rock, réalisé avec des moyens limités et usant de propos délibérément collés aux réalités que vivent les jeunes.

Carl Roy. Photo : Maxime Côté.

La compagnie qu’il a créée avec des amis, Les doubles croches, prépare une première production professionnelle : Le Show pour Caro. Ce spectacle conçu pour être joué dans un bar traite de l’exode des jeunes des régions vers la ville.

« Des productions comme Notre-Dame de Paris ne s’adressent pas vraiment à ma génération, par la thématique qu’ils abordent, par le prix des billets, explique le récent diplômé du programme d’Écriture dramatique. Nous, on veut créer des spectacles accessibles, entre le show rock et le théâtre. » S’il ne dédaigne pas les paillettes des grandes comédies musicales, ce qu’il souhaite éventuellement faire est plus proche du Rocky Horror Picture Show et de Tommy que de Chorus Line.

Le spectacle de fin d’année de Carl Roy, Fièvre jaune, était un théâtre politique musical ayant pour sujet le nationalisme. « Les gens aimaient ou détestaient ; ça choquait les jeunes nationalistes. Mais c’était plus une réflexion ludique qu’une attaque. J’ai appris qu’il faut équilibrer les formes : musique, théâtre, idées et divertissement. Le message passera alors mieux. Je veux dire des choses, être engagé, expérimenter de nouvelles formes. »

Dominique Quesnel (Interprétation, 1988)

La comédienne, très présente sur nos scènes, qui jouait entre autres dans Le Long de la principale, Stampede et Le Langue à langue des chiens de roche la saison dernière, trouve le temps de s’adonner à la percussion avec un groupe de comédiennes aguerries, totalement délirant.

Dominique Quesnel

Quiconque a déjà vu Les secrétaires percutantes à l’œuvre se souvient certainement de ces femmes un peu coincées, arborant tailleurs, lunettes et chignons, qui, peu à peu sous l’influence joyeuse de leurs instruments, se mettent à l’aise, bougent, tambourinent, chantent et semblent possédées par un rythme contagieux.

Dominique Quesnel rappelle les débuts du groupe : « On a fait un stage de percussions pour Soleil de Pascale Rafie (Écriture dramatique, 1987). On a tellement aimé ça qu’on a décidé de poursuivre. On a eu l’idée de s’habiller en secrétaires pour une soirée-bénéfice organisée pour Trans-Théâtre, parce que certaines d’entre nous étaient dans des compagnies de théâtre où elles faisaient beaucoup de travail d’administration. »

Pour la comédienne, la forme théâtrale du spectacle est aussi importante que la musique qui est jouée. « On n’avait pas mesuré l’impact que pouvaient avoir sept femmes en tailleur, avec un djembé coincé entre les jambes ! Un jour, on a joué dans un événement de levée de fonds, précédées par un groupe de super percussionnistes africains. Imaginez le trac ! Cette fois-là, avant d’entrer en scène, on s’est dit : les filles, on mise sur le look ! »



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