|
Les anciens : les débrouillards
par Diane Jean
Ils sont comédiens, il est
auteur. Pour ces quatre-là, jouer ou écrire ne suffit
pas. Il leur a fallu créer des plates-formes sur mesure
afin de mieux exprimer leur vision particulière du monde
et du théâtre.
Sylvain
Bélanger (Interprétation,
1997)
Le Théâtre du
grand jour fait figure de dissident dans le paysage parfois tranquille
du théâtre québécois. Alors que certains
déplorent le manque dimplication des jeunes pour
toutes causes politiques ou sociales, la compagnie dirigée
par Sylvain Bélanger a réalisé un
Sommet sur lengagement, lautomne dernier, qui
présentait des pamphlets écrits par une trentaine
de jeunes créateurs.

Sylvain
Bélanger
|
La compagnie produit également des
spectacles de jeunes auteurs, comme Olivier Choinière (Écriture
dramatique, 1996) ou Steve Laplante (Interprétation, 1996),
et souhaite plus que tout diriger un lieu de diffusion des arts
vivants, un endroit dans lequel les artistes pourront créer
et proposer des spectacles à leur image.
Sylvain Bélanger sest lancé
dans laventure après un coup de fil dÉric
Belley, un organisateur dévénements ambitieux
et décidé. « Il avait le projet de fonder
un lieu théâtral pour les jeunes de 18 à 35
ans. Il avait monté un plan daffaires élaboré
et sérieux. Il lui manquait un directeur artistique. On
sest rencontré, jai finalement accepté
son idée. »
Cétait en 1998. Depuis, le
Théâtre du grand jour a mis au monde des événements
originaux, aidé en cela par un mécène inattendu,
Ben Weider, qui encourage lalternative théâtrale
proposée par Bélanger. Ce dernier prévoit,
pour lannée qui vient, un second Sommet, portant
cette fois-ci sur la liberté.« En tant que directeur
artistique, souligne Sylvain Bélanger, jorganise
ma propre vision du monde. Dautres créateurs se lancent
dans laventure, ont envie de réfléchir, de
se questionner. Le théâtre peut faire avancer les
choses. »
Stéphane
Théorêt (Interprétation,
1992)

Stéphane
Théorêt
|
Une bande de joyeux créateurs
attendent les visiteurs dans lancien couvent de Sainte-Marguerite
de Lingwick, en Estrie. Stéphane Théôret,
membre de la troupe du Cochon souriant, est heureux du chemin
parcouru ; il y a cinq ans, qui aurait parié sur cette
idée farfelue de créer une compagnie de théâtre
ambulante comme il en existe beaucoup en Europe, sur ce rêve
de diffuser le théâtre dans des lieux qui ny
ont pas accès ?
Lidée a fait son chemin, Stéphane
aussi. Le comédien part en tournée avec la production
de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes,
LHistoire de loie ; fait du théâtre
en Écosse ; revient au Québec deux ans plus tard
et saute dans le train déjà en marche du Cochon
souriant. Lenchaînement sest fait naturellement.
« Jai toujours eu un malaise par rapport au théâtre
montréalais, un peu trop bourgeois à mon goût.
Et puis, je naimais pas trop lidée davoir
à me vendre comme acteur. Où était ma part
de créateur ? »
Réaliser un rêve de cette envergure
demande temps et persévérance. Les premières
années du collectif sont difficiles, mais exaltantes ;
tout se fait en groupe, la création comme ladministration.
La troupe présente des spectacles sous chapiteau, donne
des ateliers de théâtre, fait de limprovisation,
effectue des tournées, en ayant toujours à cur
de bien accueillir les spectateurs.
« À la fin de certains
spectacles, on offre de la soupe, et les spectateurs sont invités
à partager avec les acteurs. Il faut rendre le théâtre
aux gens. »
Carl
Roy (Écriture dramatique, 1999)
Rien à voir avec les
méga-productions façon Broadway ; le théâtre
musical que Carl Roy écrit et met en scène savoisine
au rock, réalisé avec des moyens limités
et usant de propos délibérément collés
aux réalités que vivent les jeunes.

Carl
Roy. Photo : Maxime Côté.
|
La compagnie quil a créée
avec des amis, Les doubles croches, prépare une première
production professionnelle : Le Show
pour Caro. Ce spectacle conçu pour être joué
dans un bar traite de lexode des jeunes des régions
vers la ville.
« Des productions
comme Notre-Dame de Paris ne
sadressent pas vraiment à ma génération,
par la thématique quils abordent, par le prix des
billets, explique le récent diplômé du programme
dÉcriture dramatique. Nous, on veut créer
des spectacles accessibles, entre le show rock et le théâtre. »
Sil ne dédaigne pas les paillettes des grandes comédies
musicales, ce quil souhaite éventuellement faire
est plus proche du Rocky Horror Picture
Show et de Tommy que
de Chorus Line.
Le spectacle de fin dannée
de Carl Roy, Fièvre jaune,
était un théâtre politique musical ayant pour
sujet le nationalisme. « Les gens aimaient ou détestaient
; ça choquait les jeunes nationalistes. Mais cétait
plus une réflexion ludique quune attaque. Jai
appris quil faut équilibrer les formes : musique,
théâtre, idées et divertissement. Le message
passera alors mieux. Je veux dire des choses, être engagé,
expérimenter de nouvelles formes. »
Dominique
Quesnel (Interprétation, 1988)
La comédienne, très
présente sur nos scènes, qui jouait entre autres
dans Le Long de la principale, Stampede et Le
Langue à langue des chiens de roche la saison dernière,
trouve le temps de sadonner à la percussion avec
un groupe de comédiennes aguerries, totalement délirant.

Dominique
Quesnel
|
Quiconque a déjà
vu Les secrétaires percutantes à luvre
se souvient certainement de ces femmes un peu coincées,
arborant tailleurs, lunettes et chignons, qui, peu à peu
sous linfluence joyeuse de leurs instruments, se mettent
à laise, bougent, tambourinent, chantent et semblent
possédées par un rythme contagieux.
Dominique Quesnel rappelle les débuts
du groupe : « On a fait un stage de percussions pour
Soleil de Pascale Rafie (Écriture
dramatique, 1987). On a tellement aimé ça quon
a décidé de poursuivre. On a eu lidée
de shabiller en secrétaires pour une soirée-bénéfice
organisée pour Trans-Théâtre, parce que certaines
dentre nous étaient dans des compagnies de théâtre
où elles faisaient beaucoup de travail dadministration. »
Pour la comédienne, la forme théâtrale
du spectacle est aussi importante que la musique qui est jouée.
« On navait pas mesuré limpact que
pouvaient avoir sept femmes en tailleur, avec un djembé
coincé entre les jambes ! Un jour, on a joué dans
un événement de levée de fonds, précédées
par un groupe de super percussionnistes africains. Imaginez le
trac ! Cette fois-là, avant dentrer en scène,
on sest dit : les filles, on mise sur le look ! »
Retour au début de l'article
|