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La formation en théâtre :
ascendance multiple
par Raymond Bertin
Ce nest un secret pour personne
: René Richard Cyr et Sylvie Drapeau « ont fait »
lÉcole nationale de théâtre ; Luc Picard
est diplômé du Conservatoire dart dramatique
de Montréal ; Annick Bergeron a étudié à
lOption-Théâtre du Collège Lionel-Groulx.
Mais quen est-il des Monique Mercure, Jean-Louis Roux et
Andrée Lachapelle ? Le Journal
entame une série darticles sur lhistoire de
lenseignement du théâtre au Québec et
au Canada français, en commençant par un survol
général qui sera suivi de portraits de professeurs
ayant contribué, chacun à leur façon, aux
fondations et à lévolution de notre théâtre.
En 1906, alors que lactivité
théâtrale en est à ses premiers balbutiements
francophones et encore influencée par le théâtre
américain ou produite par des artistes européens,
lhomme de théâtre français Eugène
Lassalle fonde, avec sa femme Louise, le Conservatoire Lassalle.
Affiliée à lUniversité de Montréal
pendant plus de cinquante ans, reconnue dutilité
publique et subventionnée à titre dinstitution
nationale déducation, cette école de théâtre
et délocution française deux termes
longtemps synonymes ne comble cependant pas tous les besoins
dun milieu dont leffervescence augmente dune
décennie à lautre.
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Le
père Legault en répétition avec trois
Compagnons
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Diverses initiatives mènent en effet
à léclosion dun théâtre
canadien-français. Les revues se multiplient. Les Deyglun,
Grimaldi et Gélinas sillonnent le Québec. En parallèle,
des hommes et des femmes dexception offrent un enseignement
privé. La professeure Yvonne Audet, qui a notamment eu
pour élèves Monique Miller, Robert Gadouas et Yvette
BrindAmour, laisse dimpérissables souvenirs
à ceux et celles qui la rencontrent. Formée au Conservatoire
Lassalle, elle se définit comme « une missionnaire
de la langue française ». Pour bien des futurs
comédiens à qui elle enseigne de 1933 à 1969,
Yvonne Audet fait figure de remarquable initiatrice aux arts de
la scène : de la phonétique à la musique,
des techniques vocales à lélocution sincère
et naturelle, sans parler de la familiarisation aux grands textes.
On la qualifie aussi davant-gardiste en raison de limportance
quelle accorde à lindividu et à lépanouissement
de la personnalité. Ses activités diversifiées
ajoutent à sa renommée : ses élèves
jouent dans de nombreux spectacles quelle monte, et participent
aux séries radiophoniques Le
Petit Monde quelle dirige et
Madeleine et Pierre que son fils André réalise.
Lhéritage
des Compagnons
Déjà au début des années
1930, les comédiens du Québec étudient auprès
des grands maîtres en Europe. Antoinette Giroux est la première
jeune artiste à obtenir une bourse du gouvernement lui
permettant de se rendre en France. Plusieurs autres suivent ses
pas outre-mer ; certains nen reviennent jamais. Cependant,
la soif dapprendre, la passion du théâtre et
le goût dinnover déferlent bientôt sur
Montréal, qui connaît, dans les années 1940,
un bouillonnement théâtral sans précédent.
Parmi les animateurs de ce mouvement, le père Émile
Legault et ses Compagnons de Saint-Laurent, font figure de pionniers.
Formé en France, disciple de Copeau
et de Chancerel, le père Legault travaille à réhabiliter
le métier de comédien, par le biais dun théâtre
poétique populaire au jeu stylisé, proche de la
pantomime, qui apporte un souffle nouveau sur la scène
québécoise. En 1948, il fonde le Centre dramatique
des Compagnons et joue un rôle déterminant en tant
que formateur.
Danciens Compagnons, tels Jean Gascon,
Jean-Louis Roux et Charlotte Boisjoli, mettent sur pied dimportantes
troupes professionnelles ou troupes-écoles au cours des
années 40 ou au début des années 50
le Théâtre du Nouveau Monde, le Théâtre-Club,
lÉquipe et la Compagnie du Masque ainsi que
plusieurs groupes damateurs Les Apprentis-Sorciers,
Les Saltimbanques, LÉgrégore actifs
jusquau milieu des années 60.
Formation
tous azimuts
Pendant la Deuxième Guerre mondiale,
le passage au Québec de la grande comédienne française
dorigine russe, Ludmilla Pitoëff, marque ceux qui la
côtoient. Jean-Louis Roux dit avoir tout appris du métier
au contact de cette « véritable incarnation
du théâtre ». Dautres professeurs
européens Tania Fédor, Henri Norbert, François
Rozet, Sita Riddez, Gérard Vlemincks et Aario Marist
forment aussi les grands comédiens daujourdhui,
dont Andrée Lachapelle.
Le phénomène des troupes-écoles
est considérable. Alors quil ny a pas encore
de véritables établissements de formation théâtrale,
les meilleurs comédiens profitent de toutes les occasions
pour partager leur savoir : des ateliers sont donnés lors
de festivals ou dautres événements par Jean
Valcourt, Georges Groulx, Paul Hébert, Gratien Gélinas,
Paul Buissonneau, Jean Gascon, Jean-Louis Roux et dautres.
Le bilingue Montreal Repertory Theatre, fondé en 1930,
contribue aussi à enrichir le jeu des comédiens
qui se produisent en nombre, pendant les années 40 et 50,
au Dominion Drama Festival à Ottawa.
En 1951, la Commission royale denquête
Massey-Lévesque sur lavancement des arts, des lettres
et des sciences au Canada, établit cependant quil
« nexiste pas, au Canada, dinstitution
où lon puisse poursuivre des études supérieures
en art dramatique. » Et ce, malgré un besoin
de plus en plus manifesté par la plupart des praticiens.
Larrivée de la télévision de Radio-Canada
en 1952, qui multiplie les possibilités de travail pour
les comédiens, accroît aussi la demande pour une
formation de qualité. Jean Gascon et Jean-Louis Roux fondent
alors lÉcole dart dramatique du Théâtre
du Nouveau Monde, dont le programme se compose de cours de voix,
de jeu corporel, dinterprétation, dexercices
publics, ainsi que dune formation théorique incluant
lanalyse de textes et lhistoire du théâtre.
Lépoque où lenseignement de lart
dramatique consistait uniquement en cours de diction, de déclamation
et délocution française est révolue.
Vient ensuite le Conservatoire dart
dramatique de Montréal, qui ouvre ses portes en 1954 sous
la direction du metteur en scène français, Jan Doat.
Le comédien français, Jean Valcourt, lui succède
en 1957 et fonde, lannée suivante, le Conservatoire
dart dramatique de Québec. LÉcole nationale
de théâtre, quant à elle, voit le jour en
1960. À partir de ces années, le portrait de la
formation théâtrale au Canada français est
radicalement transformé. Une nouvelle ère sannonce
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