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Vie étudiante :
souvrir au monde
par Jacinthe Tremblay
Rares sont les événements
sociaux, politiques et économiques qui génèrent
lintérêt de tous à lÉcole.
Les attentats du 11 septembre et les manifestations entourant
le Sommet des Amériques 2001 sont certainement de ceux-là.
Les élèves sont-ils préoccupés par
les soubresauts de la conjoncture ? Oui, mais à leur manière,
expliquent trois dentre eux.
Stéphanie
Capistran-Lalonde, Vincent-Guillaume Otis et Vincent Bolduc sont
reconnus, au sein de lÉcole, pour se tenir au courant
de lactualité. Mais ils sont convaincus de ne pas
être les seuls. « Nous avons tous soif dapprendre
et nous nous sentons concernés par lavenir du monde.
Par contre, la politicaillerie ne nous intéresse pas »,
résume Stéphanie qui termine en mai ses études
au programme de Production.
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Stéphanie Capistran-Lalonde.
Photo : Maxime Côté.
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La cadence effrénée du quotidien
de lÉNT rend cependant difficile le simple geste
de sinformer. « Je nai plus le temps de
lire le journal. Je dois me contenter des nouvelles télé
de fin de soirée », déplore-t-elle. Vincent-Guillaume,
qui en est à sa troisième année au programme
dInterprétation et qui est pourtant un mordu dactualité,
fait le même constat, mais ajoute : «
Nous avons choisi des métiers qui prennent une vie à
approfondir, et lÉcole nous donne trois ou quatre
ans pour en apprendre le plus possible. Cest normal de se
concentrer sur le théâtre. »
Cette
situation offre malgré tout des formes douverture
sur le monde. « En première année, la
découverte des autres étudiants comme enseignants
est, en soi, très enrichissante. Les années
suivantes, on aurait intérêt à se nourrir
plus de ce qui arrive à lextérieur »,
souligne Stéphanie. Son collègue finissant du programme
dÉcriture dramatique, Vincent Bolduc, renchérit
: « Cest vrai que nous sommes en contact avec
des êtres exceptionnels. Mais cest dangereux de croire
quon peut tout trouver à lÉcole. »
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Vincent-Guillaume
Otis. Photo : Maxime Côté.
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Prise
de conscience
Il arrive toutefois que certains
événements appellent à la mobilisation ou
secouent, en raison de leur brutalité, le citoyen qui sommeille
en létudiant en théâtre. À loccasion
de la tenue du Sommet des Amériques 2001 à Québec,
Vincent-Guillaume a été lun des initiateurs
dun grand rassemblement à loccasion duquel
les élèves qui le souhaitaient ont pu être
exemptés de leurs cours. Plusieurs dentre eux se
sont rendus à Québec pour manifester sous la bannière
de la Coalition des Artistes InterDisciplinaires (CAID) qui réunissait
des étudiants de lÉcole nationale de théâtre,
du Conservatoire dart dramatique, de lÉcole
nationale de cirque et des Options-Théâtre du Collège
Lionel-Groulx et du Cégep de Saint-Hyacinthe.
Lidée de participer
avec éclat et créativité à cet événement
sest transformée en un moment fort de réflexion
autour de la mondialisation et de la globalisation. Des rencontres
avec des conférenciers, laffichage darticles
sur le sujet et de nombreux débats de corridors et de cafétéria
ont permis à tous dacquérir une meilleure
connaissance et compréhension du phénomène.
« Cest facile de
crier à linjustice sans savoir de quoi on parle.
Pour le Sommet des Amériques, ce qui aurait pu nêtre
quun « trip de gang » a été
un véritable bouillonnement didées autour
de questions capitales », note
Vincent.
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Vincent Bolduc.
Photo : Maxime Côté.
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Une
tragédie qui secoue
La violence de certains événements,
comme ceux du 11 septembre 2001, font aussi que la vie ne
peut plus tout à fait suivre son cours habituel. Ce jour-là,
lhoraire a été chamboulé de nouveau.
Un téléviseur a été installé
dans le hall. « Le théâtre est soudainement
devenu secondaire », rappelle Vincent.
Le « babillard »
sur lactualité créé lors du Sommet
a repris du service. Le 12 octobre, une quarantaine délèves
et membres du personnel assistaient à une conférence
donnée par Charles-Philippe David, un professeur de lUniversité
du Québec à Montréal spécialiste des
politiques militaires et diplomatiques des États-Unis,
sur les fondements historiques des événements du
11 septembre. En soirée, se tenait un Cabaret libre
international de Montréal (CLIM). Lavenir du monde
était au cur de la majorité des numéros,
quils soient dramatiques ou comiques
Prendre
la parole
Les CLIM, à la forme et au contenu
entièrement pensés et conçus par les élèves,
ont vu le jour en novembre 2000. Sur les premières affiches
annonçant leur tenue, on pouvait lire : « Le
CLIM est un Cabaret dans la plus pure tradition allemande : un
spectacle axé autour dun thème, à connotation
sociale, politique, culturelle. » et « Le
CLIM nest pas un endroit pour les narcissiques en manque
dexhibition. Mais il est quand même ouvert aux acteurs.
Le CLIM est un lieu déchanges, mais pas une commune.
» Le ton était donné.
Aucune sélection, aucune censure
: tous sont les bienvenus. Le taux de participation très
élevé démontre que le besoin de prendre la
parole est largement partagé par les élèves,
peu importe leur programme détudes. «
Ces soirées nous permettent de nous aérer le moral
et de nous exprimer ouvertement sur une foule de sujets »,
indique Vincent-Guillaume.
Pour le trio, lexistence de telles
tribunes est vitale. Ils sont également davis que
la formule des conférenciers invités est un heureux
compromis qui tient compte du peu de temps et de lampleur
des intérêts des élèves. Quant aux
façons de changer le monde, la génération
des Stéphanie, Vincent et Vincent-Guillaume veut trouver
sa propre voie. « Ceux qui nous ont précédés
ont parcouru des milliers de kilomètres dans la rue pour
tenter de changer les choses
Nous allons sans doute moins
marcher, mais nous allons prendre la parole », conclut
Vincent.
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