NO 19 – PRINTEMPS / SPRING 2002

Vie étudiante : s’ouvrir au monde

par Jacinthe Tremblay

Rares sont les événements sociaux, politiques et économiques qui génèrent l’intérêt de tous à l’École. Les attentats du 11 septembre et les manifestations entourant le Sommet des Amériques 2001 sont certainement de ceux-là. Les élèves sont-ils préoccupés par les soubresauts de la conjoncture ? Oui, mais à leur manière, expliquent trois d’entre eux.

Stéphanie Capistran-Lalonde, Vincent-Guillaume Otis et Vincent Bolduc sont reconnus, au sein de l’École, pour se tenir au courant de l’actualité. Mais ils sont convaincus de ne pas être les seuls. « Nous avons tous soif d’apprendre et nous nous sentons concernés par l’avenir du monde. Par contre, la politicaillerie ne nous intéresse pas », résume Stéphanie qui termine en mai ses études au programme de Production.

Stéphanie Capistran-Lalonde. Photo : Maxime Côté.

La cadence effrénée du quotidien de l’ÉNT rend cependant difficile le simple geste de s’informer. « Je n’ai plus le temps de lire le journal. Je dois me contenter des nouvelles télé de fin de soirée », déplore-t-elle. Vincent-Guillaume, qui en est à sa troisième année au programme d’Interprétation et qui est pourtant un mordu d’actualité, fait le même constat, mais ajoute : « Nous avons choisi des métiers qui prennent une vie à approfondir, et l’École nous donne trois ou quatre ans pour en apprendre le plus possible. C’est normal de se concentrer sur le théâtre. »

Cette situation offre malgré tout des formes d’ouverture sur le monde. « En première année, la découverte des autres — étudiants comme enseignants — est, en soi, très enrichissante. Les années suivantes, on aurait intérêt à se nourrir plus de ce qui arrive à l’extérieur », souligne Stéphanie. Son collègue finissant du programme d’Écriture dramatique, Vincent Bolduc, renchérit : « C’est vrai que nous sommes en contact avec des êtres exceptionnels. Mais c’est dangereux de croire qu’on peut tout trouver à l’École. »

Vincent-Guillaume Otis. Photo : Maxime Côté.

Prise de conscience

Il arrive toutefois que certains événements appellent à la mobilisation ou secouent, en raison de leur brutalité, le citoyen qui sommeille en l’étudiant en théâtre. À l’occasion de la tenue du Sommet des Amériques 2001 à Québec, Vincent-Guillaume a été l’un des initiateurs d’un grand rassemblement à l’occasion duquel les élèves qui le souhaitaient ont pu être exemptés de leurs cours. Plusieurs d’entre eux se sont rendus à Québec pour manifester sous la bannière de la Coalition des Artistes InterDisciplinaires (CAID) qui réunissait des étudiants de l’École nationale de théâtre, du Conservatoire d’art dramatique, de l’École nationale de cirque et des Options-Théâtre du Collège Lionel-Groulx et du Cégep de Saint-Hyacinthe. 

L’idée de participer avec éclat et créativité à cet événement s’est transformée en un moment fort de réflexion autour de la mondialisation et de la globalisation. Des rencontres avec des conférenciers, l’affichage d’articles sur le sujet et de nombreux débats de corridors et de cafétéria ont permis à tous d’acquérir une meilleure connaissance et compréhension du phénomène. « C’est facile de crier à l’injustice sans savoir de quoi on parle. Pour le Sommet des Amériques, ce qui aurait pu n’être qu’un « trip de gang » a été un véritable bouillonnement d’idées autour de questions capitales  », note Vincent.

Vincent Bolduc. Photo : Maxime Côté.

Une tragédie qui secoue

La violence de certains événements, comme ceux du 11 septembre 2001, font aussi que la vie ne peut plus tout à fait suivre son cours habituel. Ce jour-là, l’horaire a été chamboulé de nouveau. Un téléviseur a été installé dans le hall. « Le théâtre est soudainement devenu secondaire », rappelle Vincent.

Le « babillard » sur l’actualité créé lors du Sommet a repris du service. Le 12 octobre, une quarantaine d’élèves et membres du personnel assistaient à une conférence donnée par Charles-Philippe David, un professeur de l’Université du Québec à Montréal spécialiste des politiques militaires et diplomatiques des États-Unis, sur les fondements historiques des événements du 11 septembre. En soirée, se tenait un Cabaret libre international de Montréal (CLIM). L’avenir du monde était au cœur de la majorité des numéros, qu’ils soient dramatiques ou comiques…

Prendre la parole

Les CLIM, à la forme et au contenu entièrement pensés et conçus par les élèves, ont vu le jour en novembre 2000. Sur les premières affiches annonçant leur tenue, on pouvait lire : « Le CLIM est un Cabaret dans la plus pure tradition allemande : un spectacle axé autour d’un thème, à connotation sociale, politique, culturelle. » et « Le CLIM n’est pas un endroit pour les narcissiques en manque d’exhibition. Mais il est quand même ouvert aux acteurs. Le CLIM est un lieu d’échanges, mais pas une commune. » Le ton était donné.

Aucune sélection, aucune censure : tous sont les bienvenus. Le taux de participation très élevé démontre que le besoin de prendre la parole est largement partagé par les élèves, peu importe leur programme d’études. « Ces soirées nous permettent de nous aérer le moral et de nous exprimer ouvertement sur une foule de sujets », indique Vincent-Guillaume.

Pour le trio, l’existence de telles tribunes est vitale. Ils sont également d’avis que la formule des conférenciers invités est un heureux compromis qui tient compte du peu de temps et de l’ampleur des intérêts des élèves. Quant aux façons de changer le monde, la génération des Stéphanie, Vincent et Vincent-Guillaume veut trouver sa propre voie. « Ceux qui nous ont précédés ont parcouru des milliers de kilomètres dans la rue pour tenter de changer les choses… Nous allons sans doute moins marcher, mais nous allons prendre la parole », conclut Vincent.

 



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