NO 19 – PRINTEMPS / SPRING 2002

Lorraine Pintal, lauréate du Prix Gascon-Thomas 2001 : éloge de la lenteur

par Jacinthe Tremblay

L’an dernier, entre autres activités, Lorraine Pintal a mené rondement les célébrations du 50e anniversaire du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) ; signé la mise en scène, dans ce théâtre qu’elle dirige depuis 1993, de L’Hiver de force de Réjean Ducharme ; instauré la série Molière en plein air faisant ainsi revivre la troupe des Jeunes comédiens du TNM… Pourtant, malgré son rythme trépidant, la femme de théâtre est, à maints égards, une partisane de la lenteur.

Lorraine Pintal. Photo: Jean-François Leblanc.

On aurait pu s’attendre à ce qu’une tornade balaie la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National où étaient réunis les élèves pour la cérémonie de remise du Prix Gascon-Thomas en ce matin de novembre. Or, Lorraine Pintal, cette femme à « l’énergie magnétique débordante », selon les propos de Jean-Louis Roux, en a profité pour prôner une entrée dans le métier toute en douceur : « À votre sortie de l’École, prenez le temps de prendre votre temps. Soyez à l’écoute de ce que vous êtes et faites le moins de compromis possible. »

Oser l’erreur et l’errance

Mais, d’abord et avant tout, elle les invite à profiter de leur séjour à l’École. Ce lieu et ces années d’apprentissage doivent permettre d’« oser l’erreur ou l’errance ». C’est aussi l’occasion — et même l’obligation — de se doter des bases du métier au contact des grands professionnels chargés de les transmettre. « Faire des gammes, travailler sa diction et sa voix, s’initier à l’expression corporelle et à la lecture de textes, c’est fondamental pour un acteur », insiste-t-elle.

L’École, c’est aussi la possibilité exceptionnelle d’acquérir une conscience globale du théâtre. À l’époque où elle étudiait au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, les futurs acteurs devaient toucher à tous les métiers qui gravitent autour du jeu. Selon elle, il s’agit d’un des acquis les plus précieux de son passage dans cette institution. « Ce type de formation crée, pour les acteurs, une présence plus profonde sur scène. Une présence consciente, notamment, de l’espace, de la lumière et du son », explique-t-elle.

Des époques différentes

Elle en convient d’entrée de jeu : les élèves de sa génération, issus du Conservatoire d’art dramatique ou de l’École, avaient l’embarras du choix à la fin de leurs études. « Il y avait beaucoup de travail et il était varié. Tous les finissants étaient embauchés », rappelle-t-elle. L’encre de son diplôme n’avait pas encore eu le temps de sécher que Lorraine Pintal se retrouvait déjà active sur plusieurs fronts. Elle montait sur scène au Théâtre du Nouveau Monde sous la direction d’André Brassard, elle jouait à Radio-Canada, signait sa première mise en scène et participait aux créations du Théâtre de la Rallonge, une troupe issue du Conservatoire.

« J’ai fait de tout pendant sept ou huit ans. J’ai ensuite choisi de faire retraite, de prendre un an de recul face aux autres, face au théâtre. Madame Louis 14 est la partie visible de la réflexion qui en a découlé », raconte-t-elle. Cette pièce, dont elle était à la fois l’auteure, la metteure en scène et la seule comédienne, lui a mérité d’ailleurs de nombreux prix. Par la suite, elle a exploré avec succès tous les aspects de l’univers théâtral en plus de faire des incursions heureuses en télévision et en cinéma.

En 2001, rares sont les nouveaux diplômés qui tiennent les premiers rôles ou font partie des équipes de concepteurs du théâtre qu’elle dirige. Et Lorraine Pintal défend farouchement le fait qu’il en soit ainsi. « J’ai toujours vu le TNM comme un lieu où l’on accède, où l’on aboutit. C’est important, dans notre milieu, qu’il y ait des lieux réels de consécration ! J’ai beaucoup de respect pour des gens qui, après plusieurs années, arrivent sur une grande scène et jouent de grands rôles. Toutefois, l’ouverture à la relève est primordiale, d’où les nombreux projets d’intégration de jeunes artistes aux activités du TNM et le besoin de créer des dialogues forts et puissants entre les artistes des différentes générations au sein des projets artistiques », explique-t-elle.

Lorraine Pintal croit que la volonté de succès public et financier rapide est dangereuse. « Faire de l’animation théâtrale en régions, réaliser des mises en scène ou des ateliers dans des écoles secondaires sont d’excellentes façons de pratiquer le métier. Devenir une figure connue de la télévision ou du cinéma en est une autre, évidemment. Je me suis toujours méfié de l’aspect glamour des arts de la scène. Je suis une partisane de l’expérience et de l’endurance », dit la onzième récipiendaire francophone du Prix Gascon-Thomas.

Le Prix Gascon-Thomas, c’est l’occasion pour l’École nationale de théâtre de rendre hommage à des artistes et artisans ayant contribué de façon exceptionnelle à l’épanouissement du théâtre au Canada. La récipiendaire anglophone du Prix Gascon-Thomas 2001 est l’auteure et comédienne, Ann-Marie MacDonald.



Retour au début de l'article