| Lorraine
Pintal, lauréate du Prix Gascon-Thomas 2001 : éloge de la lenteur
par Jacinthe Tremblay
Lan dernier,
entre autres activités, Lorraine Pintal a mené rondement
les célébrations du 50e anniversaire
du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) ; signé
la mise en scène, dans ce théâtre quelle
dirige depuis 1993, de LHiver
de force de Réjean
Ducharme ; instauré la série
Molière en
plein air faisant ainsi
revivre la troupe des Jeunes comédiens du TNM
Pourtant,
malgré son rythme trépidant, la femme de théâtre
est, à maints égards, une partisane de la lenteur.
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Lorraine Pintal.
Photo: Jean-François Leblanc.
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On aurait pu sattendre
à ce quune tornade balaie la Salle Ludger-Duvernay
du Monument-National où étaient réunis les
élèves pour la cérémonie de remise
du Prix Gascon-Thomas en ce matin de novembre. Or, Lorraine Pintal,
cette femme à « lénergie magnétique
débordante », selon les propos de Jean-Louis
Roux, en a profité pour prôner une entrée
dans le métier toute en douceur : « À
votre sortie de lÉcole, prenez le temps de prendre
votre temps. Soyez à lécoute de ce que vous
êtes et faites le moins de compromis possible. »
Oser
lerreur et lerrance
Mais, dabord et avant
tout, elle les invite à profiter de leur séjour
à lÉcole. Ce lieu et ces années dapprentissage
doivent permettre d« oser lerreur ou lerrance ».
Cest aussi loccasion — et même lobligation
— de se doter des bases du métier au contact des
grands professionnels chargés de les transmettre. « Faire
des gammes, travailler sa diction et sa voix, sinitier à
lexpression corporelle et à la lecture de textes,
cest fondamental pour un acteur », insiste-t-elle.
LÉcole, cest
aussi la possibilité exceptionnelle dacquérir
une conscience globale du théâtre. À lépoque
où elle étudiait au Conservatoire dart dramatique
de Montréal, les futurs acteurs devaient toucher à
tous les métiers qui gravitent autour du jeu. Selon elle,
il sagit dun des acquis les plus précieux de
son passage dans cette institution. « Ce type de formation
crée, pour les acteurs, une présence plus profonde
sur scène. Une présence consciente, notamment, de
lespace, de la lumière et du son », explique-t-elle.
Des
époques différentes
Elle en convient dentrée
de jeu : les élèves de sa génération,
issus du Conservatoire dart dramatique ou de lÉcole,
avaient lembarras du choix à la fin de leurs études.
« Il y avait beaucoup de travail et il était
varié. Tous les finissants étaient embauchés »,
rappelle-t-elle. Lencre de son diplôme navait
pas encore eu le temps de sécher que Lorraine Pintal se
retrouvait déjà active sur plusieurs fronts. Elle
montait sur scène au Théâtre du Nouveau Monde
sous la direction dAndré Brassard, elle jouait à
Radio-Canada, signait sa première mise en scène
et participait aux créations du Théâtre de
la Rallonge, une troupe issue du Conservatoire.
« Jai fait
de tout pendant sept ou huit ans. Jai ensuite choisi de
faire retraite, de prendre un an de recul face aux autres, face
au théâtre. Madame Louis
14 est la partie visible de la réflexion qui en
a découlé », raconte-t-elle. Cette pièce,
dont elle était à la fois lauteure, la metteure
en scène et la seule comédienne, lui a mérité
dailleurs de nombreux prix. Par la suite, elle a exploré
avec succès tous les aspects de lunivers théâtral
en plus de faire des incursions heureuses en télévision
et en cinéma.
En 2001, rares sont les nouveaux
diplômés qui tiennent les premiers rôles ou
font partie des équipes de concepteurs du théâtre
quelle dirige. Et Lorraine Pintal défend farouchement
le fait quil en soit ainsi. « Jai toujours
vu le TNM comme un lieu où lon accède, où
lon aboutit. Cest important, dans notre milieu, quil
y ait des lieux réels de consécration ! Jai
beaucoup de respect pour des gens qui, après plusieurs
années, arrivent sur une grande scène et jouent
de grands rôles. Toutefois, louverture à la
relève est primordiale, doù les nombreux projets
dintégration de jeunes artistes aux activités
du TNM et le besoin de créer des dialogues forts et puissants
entre les artistes des différentes générations
au sein des projets artistiques », explique-t-elle.
Lorraine Pintal croit que la
volonté de succès public et financier rapide est
dangereuse. « Faire de lanimation théâtrale
en régions, réaliser des mises en scène ou
des ateliers dans des écoles secondaires sont dexcellentes
façons de pratiquer le métier. Devenir une figure
connue de la télévision ou du cinéma en est
une autre, évidemment. Je me suis toujours méfié
de laspect glamour des
arts de la scène. Je suis une partisane de lexpérience
et de lendurance », dit la onzième récipiendaire
francophone du Prix Gascon-Thomas.
Le Prix Gascon-Thomas, cest loccasion
pour lÉcole nationale de théâtre de
rendre hommage à des artistes et artisans ayant contribué
de façon exceptionnelle à lépanouissement
du théâtre au Canada. La récipiendaire anglophone
du Prix Gascon-Thomas 2001 est lauteure et comédienne,
Ann-Marie MacDonald.
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