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Les anciens : reconnaissance méritée
!
par André Lavoie
Ils se distinguent autant pour les
performances quils ont livrées que les espoirs quils
suscitent. Sur les planches ou à leur table de travail,
au cinéma, devant et même derrière la caméra,
une centaine de diplômés et de professeurs de lÉcole
ont reçu, au cours des trois dernières années,
des distinctions prestigieuses. Quatre dentre eux ont bien
voulu nous dire si un prix, ça change le monde, à
commencer par le leur...
Élise
Guilbault (Interprétation,
1985)
Alors quelle recevait le Gémeaux
de la meilleure actrice dans la série Les
Bâtisseurs deau en 1997, Élise Guilbault
a lancé un désormais célèbre : « Ça fait du bien de gagner autre chose que sa vie ! »
Quelques années plus tard, lactrice continue à
la fois de vivre de son art, et daccumuler les distinctions.
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Élise
Guilbault. Photo : Johanne Mercier.
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La dernière année a été
particulièrement fertile, puisque trois prix (Jutra, Génie,
Bayard dor du Festival de Namur en Belgique) ont souligné
sa prestation bouleversante dans le film La
Femme qui boit alors que le public lui accordait ses faveurs
avec un Métrostar pour le rôle-titre dans la série
Emma. Mais il en faudrait bien
plus pour quÉlise Guilbault perde la tête :
« Un prix, cest une reconnaissance de la valeur
de ton travail et cest extraordinaire, mais ce nest
garant de rien : cest plutôt de lordre du star
dun soir. »
Lactrice
croit beaucoup plus à limportance du travail constant,
à la passion du métier, quà la valeur
des trophées. Car si les honneurs lui vont droit au cur,
elle sait aussi à quel point il faut les prendre avec un
grain de sel ; surtout au Québec, où ils nont
somme toute quune faible résonance. « Un
prix, précise-t-elle avec humour, cest comme une
déclaration damour. Mais comme toute déclaration
damour, on ne sait pas si ça va tenir le coup...
Cest aussi simple et aussi sain que ça ! »
Olivier
Choinière (Écriture
dramatique, 1996)
Lorsque lon demande au dramaturge
et traducteur Olivier Choinière la signification du Prix
du millénaire du Fonds pour les générations
futures, sa réponse est déjà prête,
teintée dironie : « Jeunesse dans le vent,
pleine davenir ! » Lauteur de La
Légende du manuel sacré, du Bain
des Raines et dAutodafé
est tout de même heureux den avoir été
le récipiendaire, en plus de largent obtenu « qui
tévite de courir après, du moins un certain
temps ». Il ne cache pas que, pour un jeune auteur,
« cest une donnée importante ».
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Olivier Choinière.
Photo : Corine Lemieux.
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Mais si Olivier
Choinière apprécie cette marque de confiance que
lÉtat canadien lui témoigne, il sinterroge
sur laspect « un peu pervers » de
ce prix. « On nous demande dêtre prometteur,
sétonne-t-il. Cest un processus dangereux que
de se situer dans la projection, dans lavenir ; alors que
le théâtre, cest lart du présent
; et lécriture, un chemin, un doute, non pas pour
trouver des réponses, mais pour poser des questions plus
précises. »
Avec tout le
brouhaha médiatique et le léger parfum de scandale
qui ont entouré les prix du millénaire du gouvernement
canadien, ne voit-il pas là une forme de récupération
politique ? « Il y a toujours quelque chose de politique,
tranche le dramaturge. De toute façon, ceux qui voient
une forme de manipulation politique de la part du gouvernement
fédéral devraient avoir lhonnêteté
de reconnaître quelle sexerce aussi ailleurs. »
André-Line
Beauparlant (Scénographie,
1993)
Rien ni personne ne pourra détourner André-Line
Beauparlant de sa passion pour le septième art. Après
des études à lUniversité de Montréal
où elle a pris goût à la direction artistique,
cest à lÉcole nationale de théâtre
quelle a choisi de se perfectionner. Son nom est associé
à des réussites récentes du cinéma
québécois : La Moitié
gauche du frigo, Quiconque
meurt, meurt à douleur et Mariages.
En parallèle, elle a décidé de réaliser
un premier documentaire : Trois Princesses
pour Roland.
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André-Line Beauparlant
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Ce portrait remarquable
de trois femmes de générations différentes
(la grand-mère, la mère et la fille) a été
fort remarqué lors des Rendez-vous du cinéma québécois
en février dernier : elle y a obtenu la Bourse Yolande
et Pierre Perrault pour le meilleur espoir documentaire. « Recevoir un tel prix, cest flatteur et encourageant, souligne-t-elle.
De plus, une bourse, cest toujours très apprécié
lorsque tu tournes des films indépendants ! »
Elle était également en nomination
pour le Jutra du meilleur documentaire ; plusieurs la voyaient
déjà gagnante, mais le sort en a décidé
autrement : « La soirée des Jutra offrait davantage
de visibilité à mon film, ça mettait plus
de pression. Aux Rendez-vous du cinéma québécois,
jai apprécié que la Bourse me soit remise
dans un cadre intimiste. Il y a à peine eu un entrefilet
dans les journaux. Je nai pas limpression que ce prix
crée des attentes démesurées. Je me sens
donc plus libre pour tourner mon deuxième film. »
Marc
Prescott (Écriture dramatique,
1998)
Entre Québec, Montréal,
Moncton et Avignon, le dramaturge franco-manitobain de Saint-Boniface,
Marc Prescott, se balade dans les festivals et les salons du livre,
récoltant ainsi les fruits de lAcadémie québécoise
du théâtre. Depuis quil sest mérité
le Masque de la meilleure production canadienne pour
Poissons, lauteur
ne cesse de voyager.
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Marc Prescott
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Pas mal pour celui que lon
considérait comme un trouble-fête et un rebelle à
lÉcole alors que lui préfère se qualifier
de « bad boy » ! Cest sans doute pourquoi
il était le premier surpris dobtenir un Masque :
son théâtre est souvent considéré comme
tout... sauf du théâtre ; du moins si lon en
juge par les réactions parfois négatives que suscitent
ses pièces, dont LAnnée
du Big Mac, créée lors de son passage à
lÉcole. Marc Prescott se souvient encore que certains
en parlaient « comme dune cochonnerie ».
Toutes ces controverses ne déplaisent
pas au dramaturge, dont les mentors se nomment René-Daniel
Dubois et Jean Marc Dalpé. « La pire chose au
théâtre, ce nest pas lennui, cest
lindifférence », souligne-t-il. Mais recevoir
un prix, nest-ce pas aussi le signe que luvre
dun créateur devient plus consensuelle ? « Pas
du tout, répond-t-il. Malgré certaines mauvaises
critiques, jai maintenant la conviction dêtre
dans la bonne direction. Je demeure un bad boy, mais
avec une plus grande crédibilité. »
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