NO 21 – HIVER / WINTER 2003

Les diplômés : théâtre globe-trotter

par Sophie Legault

Curieux, un brin aventuriers, les artistes qui poursuivent leur carrière à l’étranger sont d’abord motivés par le goût de la découverte. Une Norvégienne venue faire ses armes ici pendant quelques années avant de rentrer, un Belge établi à Montréal, un Québécois installé à Paris depuis quatorze ans, un autre qui tourne partout sur le globe… sont autant d’exemples qui illustrent que la mondialisation a aussi ses bons côtés !

 

Kine Liholm Johannessen (Scénographie, 2000)

Kine Liholm Johannessen (Scénographie, 2000). Photo : Maxime Côté.

Elle en connaissait autant sur le Canada que nous sur la Norvège, et se débrouillait à peine dans la langue de Tremblay. Pourtant, après avoir débuté sa formation du côté anglophone du programme de Scénographie, Kine Liholm Johannessen a demandé à poursuivre en français. « La culture francophone à Montréal ressemble davantage à celle d’Europe, et je m’y sentais plus à l’aise », dit-elle, un an après être retournée en Norvège, où elle est maintenant accessoiriste.

D’étudier en terre étrangère lui a permis d’en apprendre un peu plus sur elle-même, de se découvrir dans un environnement autre que le sien : « Ça donne une force. » Plonger dans l’univers de l’École est intense et en plus, pour les étudiants étrangers, la vie sociale est indissociable du reste. « J’étais éloignée de mes parents, de chez moi, ça compte aussi dans l’expérience. Ça m’a permis de m’investir complètement. »

Son diplôme en main en 2000, elle se joint à des amis pour fonder le Théâtre de l’Utopie, troupe avec laquelle elle réalisera quelques productions, avant de rentrer au bercail : le mal du pays la tenaillait. « Le travail avec ce groupe est très près de mon cœur : je cherche ici quelque chose qui pourrait me stimuler autant que cette troupe l’a fait », souligne-t-elle. Entre autres, la symbiose que Kine a partagée avec la metteure en scène Cristina Iovita représente pour elle une sorte d’idéal professionnel : « J’espère travailler à nouveau avec eux, confie-t-elle. Je reviendrai au Québec, c’est sûr. »

 

Serge Dupire (Interprétation, 1979)

Serge Dupire (Interprétation, 1979)

Une remise en question et l’envie de changer d’air ont poussé Serge Dupire à traverser l’Atlantique, quelques années après avoir complété sa formation. Sans avoir vraiment l’intention de s’installer en France, il s’est inscrit à des ateliers de théâtre là-bas. Il y vit toujours, 14 ans plus tard, avec sa famille.

« J’ai envie de continuer à pratiquer ce métier parce qu’on ne fait jamais les mêmes choses. Surtout quand on travaille au théâtre, on en apprend toujours plus sur soi », fait remarquer celui qui incarnait Florent dans Le Matou. Qu’il travaille à Montréal, à Paris ou à New York, le comédien note peu de différences dans les approches. Parce qu’au fond, dit-il, « c’est partout le même métier ». À quelques détails près : « Je pense que les équipes sont un peu plus détendues et humoristiques au Québec. Mais, en même temps, c’est agréable de travailler ici. J’adore Paris et la France. »

Un brin globe-trotter, Serge Dupire avoue être souvent sur la route : « J’ai toujours bougé. Je voyage régulièrement en Europe ou au Québec », explique celui dont le grand-père était français. Ravi des rencontres que ses déplacements lui occasionnent (avec entre autres Roger Planchon, Gilles Carle et René-Daniel Dubois), il se dit chanceux de pouvoir se promener de la sorte tout en pratiquant son métier. Son secret ? Il choisit des projets qui l’allument et surtout, il se laisse porter par les événements.

 

Geoffrey Gaquere (Interprétation, 2000)

Geoffrey Gaguere (Interprétation, 2000). Photo : Maxime Côté.

L’adaptation de Wajdi Mouawad de Voyage au bout de la nuit, présentée au Théâtre de poche de Bruxelles à l’occasion d’un projet entre l’École nationale de théâtre et le Conservatoire de Bruxelles, est l’étincelle qui a incité Geoffrey Gaquere à quitter sa Belgique natale pour venir étudier à l’ÉNT : « C’est ce genre de théâtre que je souhaitais faire. »

Comme l’envie de partir le titillait déjà, il a saisi l’occasion et a déménagé ses pénates à Montréal. « Il y a une plus grande liberté ici, c’est moins hiérarchisé, tant au théâtre, que dans les milieux de la télévision et du cinéma, estime-t-il. Ici, c’est très facile de rencontrer les gens, ils sont accessibles. Il y a un souffle positif, et je me sens plus libre. »

Jusqu’à présent, son accent ne lui a pas posé problème, mais il est bien sûr conscient des limites que cela lui impose, surtout pour le théâtre québécois. Depuis l’obtention de son diplôme en 2000, le jeune comédien cumule les contrats et les projets. Ce qui l’enracine un peu plus à Montréal. « Ça se passe bien pour moi ici. Si je retournais en Belgique, ça voudrait dire tout recommencer à zéro », souligne-t-il. Il ne se sent donc pas trop pressé par l’envie de rentrer. Et s’il le fait, ce sera avec un projet sous le bras et pas de manière définitive. « Je préfère d’abord m’installer ici, me faire un nom. Puis après, en étant certain d’avoir du travail au retour, je pourrai peut-être tenter ma chance là-bas. »

 

Pierre Phaneuf (Production, 1986)

Pierre Phaneuf (Production,1986)

Ancien directeur du programme de Production de l’ÉNT (1994 à 2000), Pierre Phaneuf roule aujourd’hui sa bosse avec le Cirque du Soleil. En tournée à travers l’Europe depuis deux ans, il est constamment sur la route. Londres (Angleterre), Bilbao et Valencia (Espagne), Genève et Zurich (Suisse), Cologne (Allemagne) et Ostende (Belgique) sont les escales qui figurent à son programme en 2003. Ce qui le motive ? « Être en tournée avec 150 personnes, visiter plusieurs villes par année, être en contact avec de nouvelles cultures et des publics très différents les uns des autres. »

Faire un saut à Montréal six fois par année lui évite les coups de cafard trop durs. « J’ai toujours mon appartement, même si je n’y suis pas souvent », explique-t-il, de son bureau « temporaire » de Madrid, où il est en tournée avec le spectacle Saltimbanco.

Voyager est stimulant et enrichissant pour celui qui a aussi été directeur de production de l’Opéra de Montréal. « C’est une expérience globale, parce qu’on touche à tous les aspects de la vie de tournée, tant sur le plan de l’organisation des voyages, de la gestion de l’équipe qu’à celui technique, artistique, ou des communications, de la vente des billets souligne-t-il. C’est très complet. » Et comme l’équipe du spectacle s’installe pendant près de deux mois dans chaque ville et qu’on embauche du personnel local, Pierre Phaneuf prend le temps de découvrir les gens et de sentir les cultures des contrées qu’il visite.

 



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