NO 22 – PRINTEMPS / SPRING 2003

Vie étudiante : le grand saut

par Sophie Legault

Depuis leur arrivée à l'École nationale de théâtre (ÉNT), ils explorent, répètent, conçoivent et triment sans relâche. Pour les élèves de tous les programmes, le défi que présente leur apprentissage est parfois difficile, souvent stimulant et, surtout, très prenant. Bien que l'organisation du travail s'apparente à ce qu’ils vivront au cours de leur carrière, ce n’est qu’une fois lancés qu’ils goûteront les saveurs de la vie professionnelle.

 

Erwin Weche. Photo : Maxime Côté.

Ils ont hâte. La motivation est à son apogée, le cerveau bout, et les projets n’en peuvent plus d’attendre. Au moment de l'entrevue, les finissants s’apprêtent à voler de leurs propres ailes dans le monde du théâtre, des variétés, de la télé, du cirque, bref, partout où ils peuvent avoir la chance de faire leurs preuves. Pour eux, arriver sur le marché du travail est à la fois excitant et angoissant. S'il est plaisant de penser qu’on pourra pratiquer son métier « officiellement », les inquiétudes de l’inconnu les titillent un brin.

Armés de détermination et de confiance en l’avenir, ces finissants de l’École se sentent prêts. Leur but premier : mettre à profit les connaissances acquises au cours de ces trois ou quatre années de formation.

Jeune comédien, Erwin Weche n’a pas de projet théâtral particulier en tête : il est ouvert à toutes les propositions. Sa devise : écouter sa voix intérieure. Sarah Balleux, finissante du programme de Scénographie, n’a pas encore terminé sa dernière maquette qu’on lui offre déjà une conception de costumes au Théâtre français de Toronto. De son côté, Éric Lapointe, qui sera diplômé du programme de Production, débarque dans une branche où le manque de main-d’œuvre est criant — ses soucis risquent plutôt de porter sur la sélection des projets ! Pour Pascal Chevarie, le saut donne moins le vertige, puisque la pièce qu'il vient de terminer dans le cadre du programme d'Écriture dramatique sera montée l’automne prochain par les finissants de l’École.

Pascal Chevarie. Photo : Maxime Côté.

Leurs ambitions professionnelles immédiates ? Faire des essais, toucher à différents aspects de leur profession et réaliser leurs objectifs personnels. « Le jeu m’intéresse, mais je suis aussi attiré par le coaching et l’enseignement », confie Erwin. « J’aimerais beaucoup m’orienter vers la conception de costumes », affirme pour sa part Sarah. « Mon idéal serait d’être directeur technique dans une salle de spectacle et d’avoir à gérer des espaces, des équipes et des équipements », poursuit Éric. « On développe une polyvalence à l’École, ce qui fait qu'en plus de l’écriture je pourrai travailler dans d’autres domaines, comme l’enseignement », soutient Pascal.

Plus qu’une formation pratique, la philosophie de l’École imprègne le discours des finissants et se reflète dans la façon dont ils envisagent leurs débuts sur le marché du travail. « On apprend beaucoup en regardant les autres travailler », dit Sarah. « Je crois plus à l’échange qu’à la hiérarchie », renchérit Pascal, en parlant du travail d’équipe qui prime sur le rayonnement personnel et le pouvoir.

Éric Lapointe

Éric n’est pas effrayé par ce qui l’attend : « Je veux réaliser les contrats un à la fois et aller au bout de moi-même. » De son côté, Erwin sait que des embûches peuvent se pointer en cours de route, mais il voit le tout avec sérénité. « Si je suis honnête envers moi-même, je sais que je vais me rendre où je veux, même si tout ça est inconscient », précise-t-il.

Lucides quant aux exigences du métier qu’ils ont choisi, les quatre jeunes artistes s’entendent pour dire que leur passion pour le théâtre est leur moteur, mais que la modération sera leur salut. Autrement dit, ils grouillent d’envie de bosser dans leur domaine, mais rêvent aussi de voyager, de faire des gamins, d’avoir une maison à la campagne, de passer du temps avec les amis et... de prendre le temps de respirer ! « Cette vie remplie et à contrats, on l’a choisie », fait pourtant remarquer Pascal. Mais « c’est un métier où il faut faire des choix », ajoute Erwin, pour qui la famille demeure une priorité.

Bien que leur talent soit leur plus fidèle allié, les finissants ont la chance de se retrouver dans une institution qui se soucie de leur insertion professionnelle : leurs curriculum vitæ sont conçus, imprimés et envoyés aux frais de l'École aux employeurs potentiels (les listes d'envoi comprennent jusqu'à 300 organismes !); les finissants du programme d'Interprétation participent aux auditions du Quat’Sous; les textes des jeunes dramaturges sont envoyés au Centre des auteurs dramatiques; sans compter que l’enseignement leur a été prodigué par des praticiens du domaine. « À cause des professeurs qui baignent dans le théâtre, le réseau de contacts est très riche à l’École », reconnaît Sarah. De fait, même s’ils quittent la famille de l’ÉNT, les finissants en retrouveront une autre chaque fois qu’un nouveau projet se présentera à eux. « Tout est basé sur des rencontres et des relations humaines », conclut Pascal.

Sarah Balleux. Photo : Maxime Côté.

Loin d’être aveuglés par un ego « gonflé » ou des idéaux de transformer le théâtre, les quatre diplômés souhaitent avant tout s’épanouir dans la vie comme dans leur travail. Leurs plus belles récompenses demeurent les félicitations du public après la représentation, la satisfaction du travail accompli… et le sentiment d’avoir fait du mieux qu’ils le pouvaient !

 

 



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