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Entremetteuse culturelle :
un portrait de Diane Pavlovic
par Frédérique Doyon
Si Diane Pavlovic est
la première coordonnatrice du programme dÉcriture
dramatique à ne pas être auteure, la pratique de
lécriture, elle connaît : elle y baigne
littéralement depuis vingt ans. Femme de tête qui
ne nie pas ses origines universitaires, mais aussi femme de cur
qui se nourrit constamment de la parole des créateurs,
elle est en totale symbiose avec un art de contrastes dont elle
se fait la spectatrice la plus assidue et la plus dévouée.
« Le théâtre, cest une écriture
dialectique où sentrechoquent deux opinions, deux
forces, rappelle-t-elle. Et, comme toute écriture, il est
un mélange dintuition et de construction, de sens
et de sensualité. » Cette dualité,
Diane Pavlovic en fait lessence même de sa personnalité.
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Diane Pavlovic. Photo : Maxime Côté.
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Elle naspire pas tant à écrire du théâtre quà participer à léclosion de cette écriture chez les autres. « Jai une réelle passion pour ce qui se dit, sinvente,
se rêve, se pense autour de moi. Jaime accompagner les démarches, voir travailler les imaginaires. Et comme je nai pas dunivers esthétique à défendre, je peux être à lécoute de plusieurs styles différents. »
Diane Pavlovic a commencé à travailler au Centre des auteurs dramatiques (CEAD) au milieu des années 80, y est devenue assistante à la dramaturgie en 1990, puis responsable de la dramaturgie de 1994 à 2001. Elle a fréquenté
les écritures dramatiques du Québec et dailleurs, guidé des auteurs dans leur parcours décriture, commencé à enseigner à l'ÉNT en 1991, organisé des lectures publiques, assisté des metteurs en scène
tels Gilles Maheu et Claude Poissant, en plus décrire elle-même une flopée darticles dans plusieurs publications québécoises, américaines et européennes consacrées au théâtre ou à la littérature.
Déjà, lors des résidences
décriture quelle dirigeait au CEAD, elle adorait
se retrouver entourée dun petit groupe dauteurs
à ne parler que de leur pratique. Or, le programme dÉcriture
dramatique, quelle dirige depuis 2001, ne recrute quun
à trois étudiants par année. Ce qui signifie
six jeunes auteurs de la première à la troisième
années pour une vingtaine de professeurs en 2002-2003.
« Cest luxueux ! » reconnaît-elle.
Diriger cette petite famille lui permet donc de replonger dans
lunivers intimiste et stimulant quelle chérit
tant. « Au fond, je suis une entremetteuse culturelle,
je mets en contact des auteurs avec dautres auteurs ou avec
des idées. La tâche de conseillère consiste
surtout à amener les créateurs à articuler
leur projet. »
C'est en gros ce que faisaient Elizabeth Bourget et René Gingras, ses prédécesseurs, de qui elle affirme avoir hérité d'un programme extrêmement bien structuré. Parce que la dramaturgie québécoise est en
constante évolution, Diane Pavlovic tient à élargir le corps professoral afin de plonger les élèves dans ce bouillonnement ; par exemple, en invitant des tuteurs qui navaient pas encore travaillé à lÉcole, tels Reynald
Robinson et Daniel Danis.
La manière décrire du théâtre a énormément changé au Québec : celle qui a lu des milliers de textes de théâtre en sait quelque chose. « Après la prise de parole des années
70 et le repli des années 80, il y a eu une période derrance, raconte la conseillère dramaturgique. Mais là, une nouvelle génération émerge. Elle nest plus dans le no future et dans lespèce daigreur
du mouvement trash. Je trouve les jeunes solides et lucides. »
La lucidité est lun des deux mots dordre chez Diane Pavlovic quand elle évoque sa vision de lécriture dramatique. Le mythe de lécrivain illuminé, soudain foudroyé par linspiration ? Très
peu pour elle. Si elle reconnaît quêtre artiste, fondamentalement, ne s'apprend pas l'art n'est pas une science exacte et, malgré l'existence de quelques techniques, il n'y a aucune recette pour écrire , certains outils danalyse
et de compréhension du monde peuvent se transmettre. « La lucidité être capable de parler dun objet, de le décortiquer, de voir ce que dautres en font permet un espace de jeu; ça ne brime pas lélan
créateur, insiste-t-elle. L'instinct existe, oui, mais, pour bâtir une uvre, il faut le dépasser. » Elle croit ainsi à la nécessité de faire émerger une réflexion, une vision du monde; et lÉcole est, selon
elle, le lieu privilégié pour cela.
Mais, avant tout, la langue est au cur de la démarche dun auteur pour Diane Pavlovic. « Au-delà de tout ce quon peut dire sur le monde qui nous entoure, cest dabord la façon de le dire qui fait la voix
dun écrivain. Son regard passe forcément par un style. »
Il y a donc chez Diane Pavlovic un désir douvrir les horizons et de multiplier les sources de stimulation dans sa manière de diriger le programme. Dune part, elle réintègre des séances décriture libre en
début de semaine. « Au même titre que les acteurs se réchauffent le matin, je trouve que les auteurs ont besoin de réchauffement aussi », explique-t-elle. Dautre part, elle ajoute au corpus des cours plus théoriques sur les
mythes, les courants de pensée, ou des ateliers sur le sens du récit, par exemple.
Enfin, depuis son arrivée, les excursions critiques ont pris un chemin atypique, entraînant les étudiants à lextérieur de la ville. Tandis que la Louisiane se dessine à lhorizon pour lautomne prochain, le
Festival Western de St-Tite a fait lobjet de la première excursion critique en septembre 2001. Ici encore, les motivations de Diane Pavlovic sont teintées par le mélange de rigueur et de passion qui lanime. « Je trouvais intéressant de
discuter de la culture populaire, d'observer concrètement le phénomène du western, mais en même temps on a tripé on a même fait des danses en ligne ! » sexclame-t-elle en éclatant dun
rire communicatif, qui retentira souvent au cours de lentrevue.
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