NO 22 – PRINTEMPS / SPRING 2003

Entremetteuse culturelle : un portrait de Diane Pavlovic

par Frédérique Doyon

Si Diane Pavlovic est la première coordonnatrice du programme d’Écriture dramatique à ne pas être auteure, la pratique de l’écriture, elle connaît : elle y baigne littéralement depuis vingt ans. Femme de tête qui ne nie pas ses origines universitaires, mais aussi femme de cœur qui se nourrit constamment de la parole des créateurs, elle est en totale symbiose avec un art de contrastes dont elle se fait la spectatrice la plus assidue et la plus dévouée. « Le théâtre, c’est une écriture dialectique où s’entrechoquent deux opinions, deux forces, rappelle-t-elle. Et, comme toute écriture, il est un mélange d’intuition et de construction, de sens et de sensualité. » Cette dualité, Diane Pavlovic en fait l’essence même de sa personnalité.

 

Diane Pavlovic. Photo : Maxime Côté.

Elle n’aspire pas tant à écrire du théâtre qu’à participer à l’éclosion de cette écriture chez les autres. « J’ai une réelle passion pour ce qui se dit, s’invente, se rêve, se pense autour de moi. J’aime accompagner les démarches, voir travailler les imaginaires. Et comme je n’ai pas d’univers esthétique à défendre, je peux être à l’écoute de plusieurs styles différents. »

Diane Pavlovic a commencé à travailler au Centre des auteurs dramatiques (CEAD) au milieu des années 80, y est devenue assistante à la dramaturgie en 1990, puis responsable de la dramaturgie de 1994 à 2001. Elle a fréquenté les écritures dramatiques du Québec et d’ailleurs, guidé des auteurs dans leur parcours d’écriture, commencé à enseigner à l'ÉNT en 1991, organisé des lectures publiques, assisté des metteurs en scène tels Gilles Maheu et Claude Poissant, en plus d’écrire elle-même une flopée d’articles dans plusieurs publications québécoises, américaines et européennes consacrées au théâtre ou à la littérature.

Déjà, lors des résidences d’écriture qu’elle dirigeait au CEAD, elle adorait se retrouver entourée d’un petit groupe d’auteurs à ne parler que de leur pratique. Or, le programme d’Écriture dramatique, qu’elle dirige depuis 2001, ne recrute qu’un à trois étudiants par année. Ce qui signifie six jeunes auteurs de la première à la troisième années pour une vingtaine de professeurs en 2002-2003. « C’est luxueux ! » reconnaît-elle. Diriger cette petite famille lui permet donc de replonger dans l’univers intimiste et stimulant qu’elle chérit tant. « Au fond, je suis une entremetteuse culturelle, je mets en contact des auteurs avec d’autres auteurs ou avec des idées. La tâche de conseillère consiste surtout à amener les créateurs à articuler leur projet. »

C'est en gros ce que faisaient Elizabeth Bourget et René Gingras, ses prédécesseurs, de qui elle affirme avoir hérité d'un programme extrêmement bien structuré. Parce que la dramaturgie québécoise est en constante évolution, Diane Pavlovic tient à élargir le corps professoral afin de plonger les élèves dans ce bouillonnement ; par exemple, en invitant des tuteurs qui n’avaient pas encore travaillé à l’École, tels Reynald Robinson et Daniel Danis.

La manière d’écrire du théâtre a énormément changé au Québec : celle qui a lu des milliers de textes de théâtre en sait quelque chose. « Après la prise de parole des années 70 et le repli des années 80, il y a eu une période d’errance, raconte la conseillère dramaturgique. Mais là, une nouvelle génération émerge. Elle n’est plus dans le no future et dans l’espèce d’aigreur du mouvement trash. Je trouve les jeunes solides et lucides. »

La lucidité est l’un des deux mots d’ordre chez Diane Pavlovic quand elle évoque sa vision de l’écriture dramatique. Le mythe de l’écrivain illuminé, soudain foudroyé par l’inspiration ? Très peu pour elle. Si elle reconnaît qu’être artiste, fondamentalement, ne s'apprend pas — l'art n'est pas une science exacte et, malgré l'existence de quelques techniques, il n'y a aucune recette pour écrire —, certains outils d’analyse et de compréhension du monde peuvent se transmettre. « La lucidité — être capable de parler d’un objet, de le décortiquer, de voir ce que d’autres en font — permet un espace de jeu; ça ne brime pas l’élan créateur, insiste-t-elle. L'instinct existe, oui, mais, pour bâtir une œuvre, il faut le dépasser. » Elle croit ainsi à la nécessité de faire émerger une réflexion, une vision du monde; et l’École est, selon elle, le lieu privilégié pour cela.

Mais, avant tout, la langue est au cœur de la démarche d’un auteur pour Diane Pavlovic. « Au-delà de tout ce qu’on peut dire sur le monde qui nous entoure, c’est d’abord la façon de le dire qui fait la voix d’un écrivain. Son regard passe forcément par un style. »

Il y a donc chez Diane Pavlovic un désir d’ouvrir les horizons et de multiplier les sources de stimulation dans sa manière de diriger le programme. D’une part, elle réintègre des séances d’écriture libre en début de semaine. « Au même titre que les acteurs se réchauffent le matin, je trouve que les auteurs ont besoin de réchauffement aussi », explique-t-elle. D’autre part, elle ajoute au corpus des cours plus théoriques sur les mythes, les courants de pensée, ou des ateliers sur le sens du récit, par exemple.

Enfin, depuis son arrivée, les excursions critiques ont pris un chemin atypique, entraînant les étudiants à l’extérieur de la ville. Tandis que la Louisiane se dessine à l’horizon pour l’automne prochain, le Festival Western de St-Tite a fait l’objet de la première excursion critique en septembre 2001. Ici encore, les motivations de Diane Pavlovic sont teintées par le mélange de rigueur et de passion qui l’anime. « Je trouvais intéressant de discuter de la culture populaire, d'observer concrètement le phénomène du western, mais en même temps on a tripé — on a même fait des danses en ligne ! » s’exclame-t-elle en éclatant d’un rire communicatif, qui retentira souvent au cours de l’entrevue.

 



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