NO 22 – PRINTEMPS / SPRING 2003

Les diplômés : l'union fait la force

par Diane Jean

Lieu de réflexion, de formation ou d'information, l'association des diplômés qui verra bientôt le jour sera à l'image de ceux qui s'y impliqueront. Certains souhaitent revoir des compagnons de classe ; d'autres aimeraient échanger sur la pratique théâtrale ou aider les nouveaux finissants. Voici le témoignage de quatre diplômés qui se réjouissent à cette idée…

 

Pascale Dénommée (Interprétation, 2002)

Pascale Dénommée. Photo : Maxime Côté.

Fraîchement diplômée du programme d'Interprétation, Pascale Dénommée aurait bien aimé qu’on réponde aux multiples questions, souvent d’ordre pratique, qui ont surgi alors qu’elle était confrontée à certaines réalités du métier de comédienne. Embauchée par l’École afin de sonder les diplômés sur l’éventuelle mise en place d’une pareille association, elle a rapidement remarqué l’enthousiasme des quelque 320 répondants (au moment d'écrire ces lignes) vis-à-vis d'une telle proposition. « Ce qui m’a touché le plus en parlant aux gens, c’est qu’ils demandaient si l’association pouvait faire quelque chose pour ceux qui sont encore à l’École. Les gens qui sont passés par ici sont très soucieux de l’avenir de ceux qui sont étudiants maintenant. » Elle croit que plusieurs diplômés, devenus des comédiens d’expérience, sont intéressés au concept de parrainage afin de répondre aux questions qu’un finissant ne se pose que lorsqu’il est plongé dans la réalité quotidienne du métier. Pascale Dénommée exprime également un sentiment que tous éprouvent : « J’ai surtout besoin d’être encouragée, qu’on me dise que je ne dois pas lâcher. Ce qui est extrêmement bénéfique pour moi, c'est d'avoir parlé à toutes ces personnes qui m’ont dit : "Bonne chance, ne perds pas confiance." »

Luc Meloche (Interprétation, 1983)

Luc Meloche

Si le comédien, auteur et metteur en scène Luc Meloche s’est fait plus discret sur nos scènes depuis quelques années, il n’a jamais quitté le théâtre, et la destinée de son alma mater le préoccupe. Comme beaucoup de finissants de l’ÉNT, il a trouvé le passage de l’École à la « vraie vie » difficile. Il aurait aimé, à cette époque, pouvoir en discuter ouvertement avec ceux qui étaient déjà passés par là, lesquels auraient pu le conseiller et l’épauler. « Ce sont des métiers de rencontres, de contacts. Ce qui m’a manqué au début de ma carrière, c'est la possibilité d’échanger, de poser des questions. » L’auteur et interprète de Une carrière ou l’amour à vie croit qu’une telle association devrait fournir de l’information aux finissants, sous plusieurs formes : il songe notamment à la mise sur pied de conférences sur différents aspects pratiques du métier de comédien, à un bulletin d’information qui aiderait à maintenir des liens entre les diplômés et à en créer avec les nouveaux… Il croit surtout que des rencontres ponctuelles peuvent contribuer à maintenir le feu sacré, mais aussi aider concrètement un artiste à surmonter ses périodes de découragement. « Ce serait probablement le plus beau mandat dont une telle association pourrait se doter : celui de briser l’isolement des artistes de théâtre en leur permettant d’exprimer leurs idées sur le métier. »

Jean Bard (Scénographie, 1985)

Luc Meloche

Jean Bard est très actif sur les scènes théâtrales montréalaises, ce qui ne l’empêche pas d’avoir envie de s’impliquer dans cette association au meilleur de ses possibilités. Le scénographe, dont on peut voir le travail autant à l’Espace GO qu’au Théâtre de Quat’Sous ou au Théâtre d’Aujourd’hui, a envie d’aider concrètement les jeunes finissants, surtout ceux qui se regroupent afin de créer leurs propres spectacles et de trouver un langage théâtral qui leur est propre. Il constate que ces jeunes professionnels sont peu soutenus financièrement par les programmes gouvernementaux. « J’aimerais qu’on réfléchisse ensemble à des moyens concrets d’aide. Qu’on établisse des ateliers de discussion sur l’état du théâtre actuel, qu’on s’interroge sur la pratique théâtrale, sur les conditions de travail de chacun. Ces réflexions devraient déboucher sur des prises de positions concrètes. » Jean Bard embauche régulièrement ses assistants parmi les finissants du programme de Scénographie de l’École. Il voit donc d’un très bon œil la mise sur pied de parrainages. Il croit également que les diplômés peuvent aider l’École, par exemple par le biais de campagnes de souscription : « L’École nationale de théâtre a peut-être aussi besoin de ses anciens. » Jean Bard imagine cette future association pas tant comme un cercle social que comme une tribune vouée à l’amélioration des conditions de vie des artistes et de l’ensemble du milieu théâtral.

Dominique Pétin (Interprétation, 1984)

Dominique Pétin

Après sa formation, la comédienne Dominique Pétin s’est éloignée graduellement de l’École sans réellement s’en rendre compte. Mais depuis quelques années elle y revient : en aidant de jeunes candidats à préparer leur audition et en allant voir les spectacles des finissants. Elle a aussi enseigné à l’École l'an dernier : « Je suis de plus en plus fière d’avoir été étudiante ici, dit-elle avec enthousiasme. Je reviens aux sources, j’ai l’impression de faire partie d’une famille artistique. » La comédienne, qui interprète notamment Rubis dans la populaire émission pour enfants Cornemuse, croit que se rassembler peut aider et soutenir les gens qui connaissent des périodes moins florissantes. « Quand on travaille, tout va bien, mais quand on ne travaille pas, l’énergie se perd. » Avec une telle association, il faut aussi, estime-t-elle, prendre fait et cause socialement, établir des forums, prendre la parole sur des sujets qui touchent les artistes, également citoyens du monde. Mais elle envisage aussi avec plaisir l’idée d’une simple rencontre amicale de diplômés autour d’un verre. « Je n’essaie pas de retrouver ainsi ma jeunesse, je pense que l’on peut s’amuser, échanger dans la joie, sans tristesse. Ce n’est pas par nostalgie que j’ai envie de ces rencontres, c’est seulement afin qu’on se souvienne d’où l’on vient. »

 



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