NO 23 – AUTOMNE / FALL 2003

Vie étudiante : plus qu’un emploi d’été

par Sophie Legault

Pour beaucoup d’étudiants, les emplois d’été se résument à un boulot quelconque qui permet de se changer les idées et de renflouer les coffres en vue d’une nouvelle année scolaire. Mais pour quelques privilégiés il s’agit de l’occasion parfaite d’enrichir et de mettre en pratique les notions apprises en cours de formation. Des élèves de l’École nationale de théâtre (ÉNT) ont eu cette chance. Trois d’entre eux sortent de l’expérience heureux et grandis.

Émanuelle Kirouac-Sanche

L’an dernier, Benoît Desjardins (Interprétation, 2003) et Silène Beauregard (Scénographie Confection d’accessoires, 2003) ont fondé leur compagnie de théâtre. Originaires de Mont-Laurier, ils ont monté et présenté une pièce de théâtre d’été dans une érablière de la région : « On a tout fait, raconte Benoît. On est parti d’un conte : Grand Claus et Petit Claus. J’en ai fait l’adaptation, la mise en scène, en plus de tenir le rôle de Petit Claus. Silène a conçu et fabriqué le décor, les costumes et les accessoires. » Cette année, l’expérience se poursuit, mais avec une pièce originale. Même scénario qu’en 2002 : écriture, création et production, représentations ; avec en plus des amis qui se sont joints à l’équipe pour s’occuper du repas servi avant les représentations, et faire de la figuration dans la pièce.

De son expérience de théâtre d’été et en tant qu’auteur, acteur et metteur en scène, Benoît retient l’importance de bien savoir raconter une histoire, compétence acquise pendant sa formation. « J’ai trouvé merveilleux de pouvoir appliquer ça de manière concrète devant un public non initié », dit-il. Il affirme aussi avoir développé une nouvelle façon d’être présent sur scène, différente du théâtre de saison.

Mise en pratique

Benoît Desjardins. Photo : Maxime Côté.

Approchée pour être commissionnaire au Festival de théâtre des Amériques (FTA), Suzanne Richard, qui entame sa troisième année au programme de Production en septembre, a été promue avant même son entrée en fonction : on lui a offert le poste d’assistante au directeur technique. Ses responsabilités allaient de la logistique du transport à la gestion de personnel, en passant par l’étude du dossier des productions et l’analyse de leurs besoins. Sans compter qu’elle veillait sur un gros événement du festival, Un peu plus de lumière, le spectacle pyrotechnique du Groupe F de France présenté au Quai de l’horloge du Vieux-Port de Montréal. « Ç’a été cinq semaines d’apprentissage, reconnaît-elle. Au cours de mes 1re et 2re années à l’École, j’ai appris les techniques. Au festival, j’ai mis tout ça en pratique. »

Émanuelle Kirouac-Sanche (Production, 2003) a quant à elle été embauchée pour participer au projet de La Roulotte, ce théâtre ambulant fondé par Paul Buissonneau, qui appartient à la Ville de Montréal et qui présente des pièces jeunes publics dans les parcs de la municipalité depuis plus de 50 ans.

Suzanne Richard

Pendant l’été, Émanuelle a porté trois chapeaux : assistante à la mise en scène, directrice de production et conceptrice de la bande sonore ; et à ses côtés ont travaillé d’autres finissants de l’ÉNT et du Conservatoire d’art dramatique de Montréal.

« C’est très formateur comme boulot. Cette occasion d’emploi doit d’ailleurs perdurer pour permettre aux jeunes artistes de se faire les dents. La Roulotte a une belle mission et elle représente une belle façon de clore notre formation », souligne la jeune diplômée. Ce qu’elle a mis en pratique de son bagage acquis à l’École ? « Tout ! dit-elle tout de go. À l’École, la formation est tellement complète, tellement large, que ça m’a permis de toucher à toutes les étapes de la production d’un spectacle, et d’appliquer mes connaissances cet été. » À quoi s’ajoutent toutes les notions artistiques qui enrichissent le processus de création : « J’ai toujours été portée vers la musique, et l’École, par le biais de la conception sonore, m’a permis d’aller plus loin. »

Valeur ajoutée

L’expérience qu’offrent ces premiers contrats constitue une plus-value. « J’ai appris davantage en ce qui concerne la gestion (personnel, budget) ; j’ai eu à me débrouiller et à prendre des initiatives, dit Suzanne. Pendant le festival, il fallait que j’agisse ! »

Tous s’entendent pour dire que ce travail d’été s’insérait non seulement dans leur plan de carrière, mais qu’ils le considéraient comme un véritable emploi professionnel. « C’était un contrat parfait parce que les trois fonctions que l’on m’a attribuées représentent les trois postes que j’ai le plus envie d’occuper, soutient Émanuelle. L’assistance à la mise en scène et la direction de production me donnent l’occasion d’être collée à un processus artistique, et la réalisation de la bande sonore me permet d’exprimer ma créativité et de flyer ! »

Pour Suzanne, c’est la confiance acquise en elle qu’elle retient : « Avec cette expérience, les trois quarts de mes peurs par rapport aux postes que j’occuperai lors des productions de finissants de l’École de la prochaine année ont disparu. » Son contrat au FTA à peine terminé, elle chaussait d’ailleurs les souliers de la chef électrique du Festival Shakespeare in the Park, histoire d’être encore plus solide à la rentrée.

De son côté, Benoît Desjardins affirme que le théâtre d’été et les projets de sa compagnie répondent à ses besoins et à ses fantasmes théâtraux. « Après ces expériences, j’ai moins d’attentes, et tout ce qu’il me reste à faire, c’est jouer, simplement. Je ressens moins de pression par rapport à ma carrière. Et si je pouvais gagner ma vie de cette manière, y’en aurait pas de problème ! »

 

 



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