| Vie étudiante : plus quun emploi dété
par Sophie Legault
Pour beaucoup détudiants,
les emplois dété se résument à
un boulot quelconque qui permet de se changer les idées
et de renflouer les coffres en vue dune nouvelle année
scolaire. Mais pour quelques privilégiés il sagit
de loccasion parfaite denrichir et de mettre en pratique
les notions apprises en cours de formation. Des élèves
de lÉcole nationale de théâtre (ÉNT)
ont eu cette chance. Trois dentre eux sortent de lexpérience
heureux et grandis.
|

Émanuelle Kirouac-Sanche
|
Lan dernier, Benoît Desjardins
(Interprétation, 2003) et Silène Beauregard (Scénographie
— Confection daccessoires,
2003) ont fondé leur compagnie de théâtre.
Originaires de Mont-Laurier, ils ont monté et présenté une
pièce de théâtre dété dans
une érablière
de la région : « On a tout fait, raconte
Benoît. On est parti dun conte : Grand Claus
et Petit Claus. Jen ai fait ladaptation, la mise
en scène, en plus de tenir le rôle de Petit Claus.
Silène a conçu
et fabriqué le décor, les costumes et les accessoires. » Cette
année, lexpérience se poursuit,
mais avec une pièce originale. Même scénario
quen 2002 : écriture, création et production,
représentations ; avec en plus des amis qui se sont
joints à léquipe pour soccuper du
repas servi avant les représentations, et faire de la
figuration dans la pièce.
De son expérience de théâtre dété et en tant quauteur, acteur et metteur
en scène, Benoît retient limportance de bien savoir raconter une histoire, compétence acquise pendant sa formation.
« Jai trouvé merveilleux de pouvoir appliquer ça de manière concrète devant un public non initié »,
dit-il. Il affirme aussi avoir développé une nouvelle façon dêtre présent sur scène, différente
du théâtre de saison.
Mise
en pratique
|

Benoît Desjardins.
Photo : Maxime Côté.
|
Approchée pour être commissionnaire
au Festival de théâtre des Amériques (FTA),
Suzanne Richard, qui entame sa troisième année au
programme de Production en septembre, a été promue
avant même son entrée en fonction : on lui a
offert le poste dassistante au directeur technique. Ses
responsabilités allaient de la logistique du transport
à la gestion de personnel, en passant par létude
du dossier des productions et lanalyse de leurs besoins.
Sans compter quelle veillait sur un gros événement
du festival, Un peu plus de lumière, le spectacle pyrotechnique
du Groupe F de France présenté au Quai de lhorloge
du Vieux-Port de Montréal. « Ça
été cinq semaines dapprentissage, reconnaît-elle.
Au cours de mes 1re et 2re années à lÉcole,
jai appris les techniques. Au festival, jai mis tout
ça en pratique. »
Émanuelle Kirouac-Sanche
(Production, 2003) a quant à elle été embauchée
pour participer au projet de La Roulotte, ce théâtre
ambulant fondé par Paul Buissonneau, qui appartient à
la Ville de Montréal et qui présente des pièces
jeunes publics dans les parcs de la municipalité depuis
plus de 50 ans.
|

Suzanne Richard
|
Pendant lété,
Émanuelle a porté trois chapeaux : assistante
à la mise en scène, directrice de production et
conceptrice de la bande sonore ; et à ses côtés
ont travaillé dautres finissants de lÉNT
et du Conservatoire dart dramatique de Montréal.
« Cest très
formateur comme boulot. Cette occasion demploi doit dailleurs
perdurer pour permettre aux jeunes artistes de se faire les dents.
La Roulotte a une belle mission et elle représente une
belle façon de clore notre formation », souligne
la jeune diplômée. Ce quelle a mis en pratique
de son bagage acquis à lÉcole ? « Tout !
dit-elle tout de go. À lÉcole, la formation
est tellement complète, tellement large, que ça
ma permis de toucher à toutes les étapes de
la production dun spectacle, et dappliquer mes connaissances
cet été. » À quoi sajoutent
toutes les notions artistiques qui enrichissent le processus de
création : « Jai toujours été
portée vers la musique, et lÉcole, par le
biais de la conception sonore, ma permis daller plus
loin. »
Valeur
ajoutée
Lexpérience quoffrent ces premiers contrats constitue une plus-value. « Jai appris
davantage en ce qui concerne la gestion (personnel, budget) ; jai eu à me débrouiller et à prendre des initiatives,
dit Suzanne. Pendant le festival, il fallait que jagisse ! »
Tous sentendent pour dire que ce travail dété sinsérait non seulement dans
leur plan de carrière, mais quils le considéraient comme un véritable emploi professionnel. « Cétait
un contrat parfait parce que les trois fonctions que lon ma attribuées représentent les trois postes que jai
le plus envie doccuper, soutient Émanuelle. Lassistance à la mise en scène et la direction de production
me donnent loccasion dêtre collée à un processus artistique, et la réalisation de la bande sonore
me permet dexprimer ma créativité et de flyer ! »
Pour Suzanne, cest la confiance acquise en elle quelle retient : « Avec cette expérience,
les trois quarts de mes peurs par rapport aux postes que joccuperai lors des productions de finissants de lÉcole de la
prochaine année ont disparu. » Son contrat au FTA à peine terminé, elle chaussait dailleurs les souliers
de la chef électrique du Festival Shakespeare in the Park, histoire dêtre encore plus solide à la rentrée.
De son côté, Benoît Desjardins affirme que le théâtre dété et
les projets de sa compagnie répondent à ses besoins et à ses fantasmes théâtraux. « Après
ces expériences, jai moins dattentes, et tout ce quil me reste à faire, cest jouer, simplement. Je
ressens moins de pression par rapport à ma carrière. Et si je pouvais gagner ma vie de cette manière, yen aurait
pas de problème ! »
Retour au début de l'article
|