| Lart de choisir les exercices publics : haute voltige
par Raymond Bertin
Jouer dans un théâtre de 800 places ; concevoir un décor en fonction dun
espace particulier ; organiser une production comme sil sagissait dun travail professionnel : voilà quelques-uns
des défis qui attendent les élèves de tous les programmes de lÉNT à mi-parcours de leur formation,
et ce jusquà la graduation. Les activités entourant la préparation et la présentation des exercices publics
atteignent des sommets dintensité toujours surprenants. Cest là que culminent des mois dapprentissages alors
que chaque élève se trouve confronté à la réalité de la scène et à la rencontre
avec un public formé de ses professeurs, de ses pairs et damateurs de théâtre.
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Denise Guilbault. Photo : Maxime Côté.
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Lultime responsabilité des
décisions concernant les exercices publics et les metteurs
en scène qui les dirigent est entre les mains de la directrice
artistique de la section française, Denise Guilbault. Gros
défi ! Ses choix influencent en effet lactivité
générale de lÉcole et le parcours de
formation des élèves de tous les programmes.
« Nos exercices publics ne sont pas des spectacles conçus pour rallier, émouvoir ou
absolument toucher un public, bien quil ne soit pas rare que ceux et celles qui y assistent soient ravis et même un peu plus !
Dans une école dart, les objectifs pédagogiques et les préoccupations artistiques sont évidemment indissociables,
mais les besoins de la formation ont toujours préséance sur toutes les autres considérations quand vient le temps de
faire des choix de programmation. »
Guidés par des metteurs en scène et un entourage de professionnels expérimentés et attentifs
à chaque étape de ce processus unique qui les conduit jusquà la dernière représentation, les élèves
sont mis en situation de découverte et dexpérimentation. « Ils doivent faire appel aux techniques quon
leur apprend tout en apprivoisant davantage linstinct et lintuition dont ils ont besoin pour réussir. »
Des
terrains de jeu à élargir
Mais comment trouver et délimiter
les terrains de jeu appropriés ? « Nous
cherchons à donner accès à toutes sortes
de dramaturgies et à différentes approches. Mais
ce parti pris en faveur de la diversité nest pas
suffisant. Il faut surtout analyser et décoder les besoins
spécifiques des élèves et composer avec les
styles, les forces, les faiblesses et les capacités de
chacun pour mieux transcender létat des choses et
permettre à ces artistes en émergence datteindre
de nouveaux horizons, souligne Denise Guilbault. Par exemple,
la saison dernière, jai invité la metteure
en scène Paula de Vasconcelos, reconnue pour son travail
théâtral chorégraphié, à travailler
avec les étudiants de troisième année du
programme dInterprétation. Cette classe était
composée dartistes sensibles, sachant dire un texte
et créer des personnages, mais dont les corps demeuraient
trop silencieux. Le résultat a été remarquable :
les étudiants ont beaucoup appris... et le spectacle était
dune grande poésie. »
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Il faut saimer
,
exercice public dirigé par Paula de Vasconcelos,
Salle André-Pagé de lÉNT, mars
2003. Photo : Alexandre Mongeau.
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Entre autres
contraintes, se trouve aussi la difficulté de dénicher
des textes offrant des rôles consistants à chacun
— généralement six gars, six filles —,
assez pour que le groupe ait envie de les travailler pendant
huit
semaines. Cest aussi vrai pour les élèves
des programmes de Scénographie et de Production qui font
tout — conception des décors et des costumes, conception
des éclairages et conception sonore, direction de production
et direction technique, assistance à la mise en scène,
et régie — et qui doivent avoir de quoi se mettre
sous la dent. Par ailleurs, lÉcole dispose
de ressources non négligeables telles que les différentes
salles de spectacle de formats variés — du
petit Studio Pauline-McGibbon de lÉcole à la
grande Salle Ludger-Duvernay du Monument-National — qui
permettent de proposer de multiples défis sur le
plan de linterprétation, de la
mise en scène, de lutilisation de lespace
et de léquipement scénique.
Patience
et rigueur
Le choix des artistes et artisans qui encadrent les étudiants est aussi déterminant. « Ces
personnes dexpérience jouent un rôle de premier ordre. Aussi nous assurons-nous que ces professionnels de la scène
partagent nos objectifs pédagogiques. Nous cherchons à travailler avec des artistes accomplis, mais qui doivent aussi être
capables de transmettre leurs connaissances. Quand ils sont invités à lÉcole, ils savent quils seront entourés
détudiants en train dapprendre le métier. Il faut donc quils soient patients et confiants, et quils
acceptent quun élève ne réagisse pas aussi vite quun professionnel quand il sagit de résoudre
un problème. Ils doivent en même temps communiquer les exigences et la rigueur quexige une production professionnelle !
Alors le temps presse inévitablement. Le metteur en scène idéal sait déterminer quand il doit inciter létudiant
à poser un geste et quand, au contraire, il doit lencourager à réfléchir avant de prendre des décisions. »
En tout temps, la directrice artistique valorise la souplesse et une diversité dapproches. « Les
élèves doivent avoir la possibilité délargir leur palette de couleurs, jusque dans les demi-teintes !
LÉcole est le lieu idéal pour faire des essais, risquer, mais jamais au détriment des élèves. Ces
derniers travaillent parfois avec des gens extrêmement précis qui articulent une esthétique définie, et avec
dautres qui, au contraire, laissent aux acteurs et aux concepteurs une très grande liberté dexpression et daction.
Les étudiants sont alors confrontés à différentes façons de faire le métier. Ils sont encouragés
à trouver, à travers ces expériences, litinéraire qui sera le leur comme artiste de théâtre. »
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