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Vie étudiante :
Qui a peur de la téléréalité ?
par Valérie Rhême
Que se passe-t-il lorsquon réunit,
dans une même pièce, trois élèves du
programme dInterprétation de lÉcole
nationale de théâtre (ÉNT), un téléviseur,
des épisodes de Star Académie, de Loft
Story, dOccupation double, et un reportage sur
la téléréalité signé Enjeux ?
Une séance de défoulement où les critiques
acerbes fusent ? Une crise de larmes causée par langoisse
de se retrouver dans un marché surchargé détoiles
montantes ? Pas du tout ! Regard de trois jeunes artistes
sur ce phénomène de société.
« Jai lu quelque part que ces émissions sont la transposition moderne des arènes de
lépoque des Romains. On te jette dans la fosse et tu dois survivre », souligne la finissante Sharon Ibgui. « Ça
exploite des vices qui ont toujours existé », ajoute Nicolas Germain-Marchand, qui est à mi-parcours dune
formation de quatre ans. « Les gens se sentent seuls et sennuient. La téléréalité, cest
un laboratoire où on observe des êtres humains en relation les uns avec les autres », poursuit Sharon.
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Sharon Ibgui |
Quand
les gens « ordinaires » font des choses « extraordinaires »
En raison de son contenu artistique, cest Star Académie qui retient surtout lattention.
Bien que les trois élèves de lÉNT naient rien à leur envier et même sils ne prendraient
pas leur place pour tout lor du monde, ils ne peuvent sempêcher de se questionner.
Nicolas débute : « Jai
limpression que ce nest pas nouveau comme phénomène.
On a souvent vu des gens que rien ne distinguait à lorigine
être projetés au sommet. Ce qui me fâche, cest
que ça renforce lidée préconçue
que nimporte qui peut faire du théâtre alors
que chaque jour, je trime dur, je me questionne, ça fait
mal... Mais va donc expliquer au monde que tu passes des heures
à apprendre à respirer et que tu as enfin réussi
à maîtriser une émotion ! »
Tous sentendent pour dire que le phénomène banalise le métier. Pour la finissante Mélanie
Ricard, cest la participation de personnalités publiques à lémission qui est choquante : « Dès
le départ, ça ma fait sauter au plafond que des artistes de renom adhèrent à la formule et aillent jusquà
dire à un candidat quune grande carrière dacteur lattend si ça ne fonctionne pas pour lui en chanson !
Et pour avoir travaillé dans le milieu de la musique, chez Spectra, je nen revenais pas que quelquun comme Paul Piché,
qui a travaillé fort pour bâtir sa carrière, trouve ça fantastique. »
De là à nier le talent des candidats ? Pas tout à fait. Dailleurs, Sharon savoue tout
de même impressionnée : « Je trouve quils progressent excessivement vite. Ces gens-là sont toujours
sous observation et on dirait que ça les oblige à ouvrir les vannes. Peut-être que ça ne tiendra pas la route,
mais cest quand même fascinant de voir à quel point ils livrent la marchandise. Personne ne sest effondré,
tous ont évolué en tant quinterprètes. Il faut le reconnaître même si ce quils font ne nous
touche pas nécessairement. »
Notre
culture menacée ?
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Mélanie Ricard |
Quadviendra-t-il des émissions dramatiques si la téléréalité enregistre des
cotes découte de lordre de millions de spectateurs ? Quest-ce qui permettra aux auteurs et acteurs de gagner leur
croûte si la télévision québécoise en quelque sorte leur vache à lait les délaisse ?
Bien que lucides, Sharon, Nicolas et Mélanie demeurent optimistes.
« Jai peur quon sy habitue, comme on shabitue à tout », confie
Mélanie. « En même temps, tous les concepts meurent généralement à petit feu, estime Nicolas.
Ce succès de masse est basé sur la personnalité des candidats ! Cest Paul, Christine ou Pierre qui interprète
des chansons de Plamondon... Jai du mal à concevoir que chaque année on va adopter de nouveaux prénoms ! Cest
très différent dun chanteur quon découvre, quon voit évoluer, qui sort un troisième
album moins bon, qui se reprend par la suite... Je ne vois pas comment ça peut durer. En même temps, les producteurs ont sans
doute plus dun tour dans leur sac. »
« Je crois, du moins, jespère
quil y aura toujours des chaînes dont le mandat sera
de produire un contenu autre que de la téléréalité »,
affirme Mélanie. « Ce nest pas la prolifération
de ce type démissions qui minquiète
le plus : cest toute la convergence des médias au
Québec, fait remarquer Nicolas. Et cest là
que je sens que si je refuse dembarquer dans ce cirque,
je naurai jamais de tribune. »
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Nicolas Germain-Marchand |
« À la limite, je trouve ça stimulant, observe Sharon. Actuellement, on ne voit tellement
que ça, que je me dis que tout est possible. À lÉcole, on se développe en tant quartiste : on découvre
ce quon souhaite dire et apporter à la société. Les gens qui persévèrent et qui ont des carrières
intéressantes sont intègres. Quon aime ou pas Ginette Reno : elle est entière dans tout ce quelle fait ! »
Sur la question du vedettariat, Mélanie souligne : « Tu ne choisis pas de venir à lÉcole
si tu veux être une vedette. Le passage serait trop difficile. Il faut avoir de bonnes raisons pour y entrer, et pour y rester. Pour
moi, cest une passion pour le théâtre ; pour ce que je fais et non pas pour ce que je vais devenir. »
Cest à Nicolas que revient le mot de la fin : « Il faut simplement que chacun ait sa chance.
En ce qui nous concerne, on doit se creuser la tête un peu plus fort pour créer des concepts qui seront encore plus attirants ».
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