| Les diplômées : écrire au féminin
par Frédérique Doyon
Où en est la jeune dramaturgie féminine ? Lécriture théâtrale attire
moins de femmes que dhommes : depuis ses débuts, le programme dÉcriture dramatique de lÉcole compte
toujours plus dinscrits que dinscrites. Question dhistoire, dira-t-on, mais la nature proprement féminine ny
serait-elle pas pour quelque chose ? Trois jeunes auteures, diplômées de lÉcole qui vivent (modestement) de leur
écriture, témoignent : Dominick Parenteau-Lebeuf, Isabelle Hubert et Geneviève Billette.
La
féministe postféminisme
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Dominick Parenteau-Lebeuf |
Sortie de lÉcole en 1994, Dominick Parenteau-Lebeuf a déjà écrit une vingtaine de
textes. Sa dernière pièce, Portrait chinois dune imposteure, prend laffiche en février à
Toronto. Cette auteure a prêté sa plume hautement poétique à des projets collectifs, à des traductions,
à des nouvelles et au théâtre jeune public. « Faut être polyvalent, on na pas le choix ! »
sexclame-t-elle, lucide. Primée dès sa première pièce, Poème pour une nuit danniversaire,
elle la aussi été pour son plus récent texte produit à Montréal, Dévoilement devant notaire.
Dans le périple intérieur de cette dernière pièce quest le deuil de son héroïne
Irène-Iris, lauteure retrace une voix proprement féminine. « Il y a quelque chose dans la parole des femmes
qui est plus lié à lintime. Le féminin est particulier ; le masculin est toujours universel »,
souligne-t-elle. Sans sen réclamer, elle ne dément pas son héritage féministe, légué par
sa mère.
Si Dominick rêve parfois, comme dans les années 1970, dun espace théâtral consacré
aux femmes « à qui on refuse luniversel », celle qui collabore souvent avec Marc Béland sempresse
de se rétracter. « Jaime que ce soit de plus en plus difficile de formuler des généralités
sur les femmes qui écrivent », avouera-t-elle finalement. Selon elle, lun des traits de cette indifférenciation
entre les deux écritures est lhumour. « Cest propre à la nouvelle génération. On a été
élevées dans la modernité ; la parole, on lavait, alors on pouvait être drôles. Cest la
dernière phase du féminisme. Lhumour, cest aussi de lautodérision
»
Toucher
lhumanité
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Geneviève Billette |
Du Mexique où elle profite dune bourse décriture, Geneviève Billette, quant à
elle, évacue demblée la question dune dramaturgie spécifiquement féminine, dépourvue de pertinence
selon elle. « Je me fais la réflexion « cest une pièce de fille » ou « cest
une pièce de gars » quand je trouve que cest une mauvaise pièce », affirme-t-elle avec un brin
dinsolence. « Dès quun auteur a vraiment fait un geste décriture, je ne vois pas de différence »,
explique celle qui a fait une véritable boulimie de lecture lors de son baccalauréat en études françaises, « pour
vraiment entrer dans lécriture des auteurs » avant dentrer à lÉcole.
Depuis, sa boulimie sassouvit aussi dans lécriture puisque Geneviève a signé diverses
radiofictions et deux pièces présentées à lEspace Go par le Théâtre PàP, Le Goûteur
et Crime contre lhumanité, écrites avant même quelle nobtienne son diplôme en écriture
dramatique en 1998. Dans un style surréaliste, ses textes traitent denjeux actuels, tels que le pouvoir ou linvasion
de la technologie dans nos vies, mais pour en distiller toujours lhumanité profonde. « Écrire du théâtre,
cest comme donner des rendez-vous à lhumanité », lance lidéaliste.
Geneviève hésite à parler dun courant propre à sa génération, notant
surtout sa polyphonie. Écriture métaphorique, critique sociale, « ces courants ont toujours existé »,
selon elle. « Peut-être que ce quon voit maintenant, ce sont des auteurs qui ont reçu en héritage la
possibilité de traiter de thèmes politiques, mais en prenant leur pied avec la forme », analyse-t-elle.
Main
de fer dans un gant de velours
Dès son premier texte soumis à lÉcole, lécriture dIsabelle Hubert est
étiquetée « crue, urbaine et moderne ». Les professeurs nont pas caché leur surprise quand
ils lont vue arriver avec ses robes fleuries et ses petites couettes. « On ma souvent dit : « Tu nécris
pas comme une fille ! » Moi, je lisais entre les lignes : « Tu écris bien, pas comme une fille ! » »
Difficile alors de ne pas distinguer auteurs et auteures.
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Isabelle Hubert |
Depuis lÉcole, sa révolte sest estompée. « Jai mis mon gant de velours »,
dit-elle. Sa perception du monde a mûri aussi, deux naissances obligent. La jeune maman vit à Québec et écrit
« sans arrêt », quasi uniquement sur commande. Elle a commencé sa carrière en grand en 1996 lors
dune résidence en France. Elle en est revenue avec Couteau. Sept façons originales de tuer quelquun
avec, pièce présentée par le Théâtre PàP. En 2001, La Bordée a monté Boudin,
révolte et camembert. De ses constructions éclatées et de son style réaliste jaillit le politique, qui l« intrigue
toujours ».
Celle qui ne croit dabord pas à une écriture dramatique proprement féminine se ravise :
« Il y a certainement quelque chose de différent, mais je ne sais pas quoi. Je nadhère pas à la théorie
que cest la société qui forme les individus et quon est tous pareils. Un gars, cest un gars, et une fille,
cest une fille » lui apprend son irréfutable expérience de mère.
Plurielle et politique, voilà comment on pourrait définir lécriture de ces jeunes femmes
et de leur génération. Dominick, Geneviève et Isabelle se réclament de ce qui va au-delà de la différence
des sexes, bien quelles relèvent ici et là quelques nuances, liées à leur parcours ou à celui dune
humanité en devenir
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