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Formes théâtrales :
lart comme outil de résistance
par Raymond Bertin
En septembre dernier, le Théâtre Parminou et le Centre de théâtre
action de Belgique lançaient un grand projet qui se conclura en juin 2004 à Victoriaville. Par le biais de journées-colloques
et dun festival qui accueillera des troupes dici et dailleurs, les Rencontres internationales du théâtre
dintervention (RITI) font létat des lieux dune pratique aux multiples facettes conjuguant art et action sociale.
Quon parle de théâtre populaire ou de participation, de théâtre politique, documentaire,
thérapeutique ou communautaire, quil sagisse duvrer auprès de groupes particuliers assistés
sociaux, analphabètes, féministes, écologistes, Amérindiens
, ce ne sont que quelques-unes des voies
quemprunte le théâtre dintervention. « Nous avons répertorié 85 groupes et individus liés
à ce mouvement au Québec et 77 au Canada anglais, souligne Maureen Martineau, codirectrice artistique du Théâtre
Parminou. Avec le Centre de théâtre action de Belgique, nous ouvrons le débat sur le plan international, lun des
objectifs de ces rencontres étant la mise en réseau du mouvement. »
Une
pratique inclusive
Pour Maureen Martineau, la pratique du théâtre dintervention sorganise selon trois grands
axes : la finalité sociale du projet théâtral, les processus participatifs de création et les réseaux alternatifs
de diffusion hors des circuits culturels traditionnels. « On définit souvent cette discipline par champs daction,
dit-elle, mais, au fil des discussions, les gens en venaient à dire que, peu importe le type daction, cest le sens quon
donne à son travail, son orientation politique, qui le caractérise. Ça se traduit par une résistance aux modèles
institutionnels de culture dominante et par des valeurs qui portent le changement social dans une optique de développement de la
personne, du groupe ou des structures. »
Ainsi, les débats ont réuni des praticiens de la drama-thérapie et dautres issus de groupes
de solidarité internationale : « Les contextes politiques et culturels ont changé, si on pense par exemple aux mouvements
sociaux des années 1970, et diffèrent beaucoup dun pays à lautre. Il y a moins de troupes, mais des projets,
des individus, des artistes qui sunissent aux professionnels du milieu communautaire. Plusieurs étudiants intéressés
par lart social posent la question du positionnement politique de lartiste et de lappropriation démocratique à
travers lexpérience théâtrale », note Maureen Martineau.
Au Canada anglais, on a beaucoup élaboré ce quon appelle des Community Plays, qui donnent
lieu à des événements festifs réunissant toute la population dune petite ville, par exemple, autour de
thèmes prenant en compte la tradition, lhistoire de la communauté. Cela crée une appartenance chez les participants,
selon Edward Little, qui coordonne la spécialisation Theater and Development à lUniversité Concordia :
« Comme travailleurs du théâtre populaire, nous sommes engagés dans léducation populaire ;
le défi : imaginer une expression esthétique qui atteint à la fois nos buts artistiques et daction sociale. »
Son plaidoyer pour la démocratie culturelle veut réconcilier les notions de culture et dart dans
une optique davancement social. Cela peut prendre des formes très variées. Si le théâtre-forum ou le théâtre
de rue servent le théâtre dintervention, celui-ci ne sy limite pas.
Et
lalter-culture ?
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Visage à trois faces de Maureen Martineau, Théâtre Parminou, 2002-2003 |
Le Belge Paul Biot, directeur du Centre de théâtre action, a tenté de dégager une vision
internationale du mouvement. En réponse au slogan des alter-mondialistes, « penser global, agir local », il
rappelle plusieurs possibilités de collaboration entre groupes et individus partageant les mêmes visions, dans leurs pays respectifs.
Comme le théâtre dintervention consiste à monter des projets de création collective avec des populations
en difficulté culturelle, politique ou économique, les échanges sont bienvenus : ateliers de formation, coproduction,
codiffusion, alliances stratégiques, manifestes
En invitant ces populations, souvent exclues du champ culturel, à investir leur expérience dans le processus
de création, le théâtre dintervention leur redonne le pouvoir dagir sur leur réalité. « Le
théâtre doit réapprendre à nommer les choses pour leur rendre leur poids de réalité, mais aussi
pour opposer la barrière des mots à la contrainte des faits : nommer les choses permet de nêtre pas tout à
fait leur jouet », explique Paul Biot, qui plaide pour lavènement dune alter-culture qui ferait contrepoids
à la mondialisation économique et politique, qui simpose notamment par le véhicule culturel.
Retrouver
la mémoire
Le directeur de la Cie Zigas du Togo, Atavi-G Amedegnato, a raconté son expérience sous la dictature,
parlant de théâtre de combat. Pour contourner la censure, sa troupe a voulu réhabiliter la tradition orale en redonnant
à la population, qui sen était désintéressée, le goût du conte. « Nous pensons
quil faut avoir un comportement responsable, quil ne faut pas toujours se plaindre de ce qui nous arrive, a-t-il lancé.
En construisant une esthétique du laid où lon récupérait tout ce qui était rejeté, des formes
abandonnées de la culture dorigine, en se réappropriant notre mémoire, nous avons redonné aux gens des
repères culturels leur permettant de résister. » Maureen Martineau croit aussi que lancrage dans sa propre
culture est un outil pour résister au vent de la pensée unique.
Aux termes des RITI, en juin à Victoriaville, un réseau et un forum de discussion en ligne seront mis
sur pied, les actes du colloque et une déclaration seront publiés.
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