| Vie étudiante : Montréal, cest toi ma ville
par Hugo Couturier
Ils vous le diront tous. Les étudiants de lÉcole nationale de théâtre (ÉNT)
se plient à un emploi du temps tel quil est quasi impensable pour eux daller voir un film, une exposition, un happening.
Mais comment résistent-ils aux attraits de Montréal où les manifestations culturelles générées
par les 90 000 artistes et travailleurs de ce secteur fourmillent ? Certains succombent inévitablement à la tentation.
De
découverte en découverte
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Christian Lapointe
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« Quand jhabitais à Québec, je profitais encore plus de Montréal. Si
je venais pour une fin de semaine, jallais voir trois shows. Si je venais pour une semaine, jallais en voir cinq »,
affirme demblée Christian Lapointe, dont la première année au sein du programme de Mise en scène sachève.
« On trouve vraiment de tout ici. Je vais voir énormément de danse, de musique, mais aussi de la performance, des
trucs plus en marge, comme on en présente parfois au Studio 303, où, pour dix dollars, six chorégraphes font des shows
de 20 minutes. »
Belge dorigine, Aurélie Spooren qui termine à peine sa formation de comédienne
avait déjà visité Montréal avec ses parents. « Je savais que cétait une ville
avec beaucoup de festivals, qui bougeait énormément, et que, culturellement, on proposait beaucoup de choses gratuites, quon
ne retrouve pas en Europe. « Celle qui connaissait peu le théâtre québécois avant son arrivée
nignorait pourtant pas que les artistes dici vivaient souvent dans leurs valises et que leurs productions tournaient énormément
à létranger. « Cest dailleurs grâce à la visite de Wajdi Mouawad (Interprétation,
1991) au Théâtre de Poche à Bruxelles que jai entendu parler de lÉcole. »
Pour sa part, Carol Eveno, qui habitait à Bordeaux, en France, navait aucun a priori à propos
de Montréal. « Je suis venue ici, à lÉNT, avant tout. » Cette finissante en Scénographie
a trouvé la ville dépaysante, sans lêtre vraiment
« Mais le premier spectacle que jai vu
en arrivant au Québec, cétait un Gauvreau, et je nai absolument rien compris ! »
Visages
multiples
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Aurélie Spooren
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Tous raffolent de léclectisme de Montréal. Selon Christian Lapointe, la diversité culturelle
de Montréal est lun de ses principaux atouts. « Cet été, je voulais aller en Haïti faire du théâtre.
Jai approché lAlliance théâtrale haïtienne de Montréal. Cest ici, dans la ville. Tout
ce potentiel multiculturel, qui fait partie de la ville, peut servir de tremplin pour aller ailleurs dans le monde ou pour recevoir du monde
dailleurs. Cest très rafraîchissant de ne pas être dans une ville de 500 000 Blancs canadiens-français.
Et les Haïtiens étaient emballés ! » raconte-t-il. Ainsi, tous ces artistes de létranger
qui sinstallent à Montréal sont autant de richesses quon trouve difficilement ailleurs. Christian Lapointe le
confirme : « Ici, le choix des professionnels avec lesquels on peut travailler est multiplié. À lÉNT,
par exemple, on côtoie des gens avec des parcours distincts, inusités, comme Peter Batakliev, qui vient de Bulgarie. »
Lendroit fétiche du jeune metteur en scène demeure sans conteste le Olympico Café sur
la rue Saint-Viateur, « un café italien brun avec des néons et des murs verts, où tout le monde fume alors
quon sert des cafés au lait à 1,75 $ dans des verres ! » explique-t-il. Pour Carol Eveno, cest
la Plaza Saint-Hubert qui remporte la palme. « Je ne rentre même pas dans les boutiques. Je me promène, je regarde
les gens. Il y a vraiment de tout. La Plaza, cest nimporte qui, nimporte quoi. »
La scénographe, qui a aussi habité à San Francisco durant quelque temps, a vécu lexpérience
des tam-tams du Mont-Royal où, chaque dimanche dété, des centaines de personnes se réunissent spontanément
pour vibrer au rythme des percussions africaines. « Cest tellement impressionnant comme rassemblement
De façon
aussi simple, des gens de tous les âges se rassemblent, improvisent de la musique et dansent. » Aurélie Spooren
ajoute quant à elle, encore un peu abasourdie : « Je suis déjà allée voir un spectacle à la
Sala Rossa, un club espagnol du boulevard Saint-Laurent ; une dame mangeait ses moules à côté de moi pendant que
je regardais le show de danse ! »
Source
dinspiration
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Carol Eveno
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Bien sûr, une ville comme Montréal devient elle aussi un lieu de formation en soi. « Ici,
je suis confronté à toutes sortes de démarches, que ce soit des démarches picturales ou physiques,
ainsi quà plein de formes darts dautant de cultures différentes. Et ça ne peut faire autrement quêtre
enrichissant. Je suis face à la création des autres et, plus il y en a, plus je me questionne par rapport à ce que
je fais », révèle Christian Lapointe. Carol Eveno relève le caractère tout à fait inconscient
de linspiration de Montréal dans sa démarche de créatrice : « On parle beaucoup de sortir dans des
trucs vraiment culturels ou des expos, mais aller dans un bar ou dans le port, regarder larchitecture, ça me nourrit aussi. »
Elle concède néanmoins quelle sest rapprochée des peintres nord-américains, notamment Edward Hopper,
quelle affectionne particulièrement. « Javais jusque-là mal compris leur subtilité, leur monde ;
je trouvais ça plat. Là, je découvre une richesse quen Europe, je navais jamais remarquée. »
Aurélie Spooren, quant à elle, admire la liberté de création quon trouve ici. « On
fait confiance aux jeunes très vite. Dans ma classe, la plupart dentre nous ont déjà au moins un contrat en sortant,
sexclame-t-elle. Ici, on nest pas pris avec le poids du passé, des règles à respecter. On voyage facilement
dun art à lautre. Les gens sont plus réceptifs à du théâtre hors norme. On peut monter des
pièces qui se jouent dans une maison, et les gens ne seront pas déstabilisés parce que la scène nest pas
à litalienne », remarque la comédienne.
Cet été, Christian Lapointe retournera probablement au Musée dart contemporain, en quête
dun nouveau choc culturel comme lorsquen septembre 2003, il a été littéralement « jeté
à terre » par lexposition consacrée à Nan Goldin. Pour Aurélie Spooren, qui a choisi de sinstaller
au Québec pour y faire carrière, ce sont le Jardin botanique et le Parc Lafontaine qui lattendent dabord, « de
véritables îlots en plein milieu de la ville et du bruit ». Carol Eveno, elle, connaîtra enfin !
son premier été montréalais. « On men a tellement parlé ! » sexcuse-t-elle
en souriant. Christian Lapointe la prévient : « À Montréal, ça peut parfois devenir frustrant si
tu nas pas dargent ! »
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