| Techniciens sans frontières
- Points de vue de Jean-Sébastien
Gohier et François Marceau
Par Marie Labrecque
« En France, malgré la langue commune, les termes se révèlent souvent dissemblables. »
Diplômés du programme de Production de l’École en 2002, Jean-Sébastien Gohier et François Marceau se sont tous deux retrouvés à travailler en... danse, chez O Vertigo. Un saut naturel pour François Marceau,
qui a été presque immédiatement embauché par cette compagnie réputée, en tant que régisseur d’éclairages et adjoint au directeur technique. « J’exerce ce métier pour faire de l’éclairage. J’avais
vu quelques chorégraphies quand j’étais à l’École, et la danse permet des choses très intéressantes avec la lumière, notamment pour créer des ambiances. »
La transition d’un art de scène à l’autre a été plus inattendue pour Jean-Sébastien Gohier, engagé récemment comme chef machiniste et régisseur de plateau. C’est lors de son premier emploi, comme directeur technique
à l’Université de Montréal, qu’il a touché pour la première fois à la danse. Puis, il a effectué un contrat pour la compagnie de José Navas, Flak. S’il adore son nouveau domaine, le théâtre demeure la
principale passion de Jean-Sébastien Gohier, qui gère parallèlement deux jeunes troupes. « La danse, c’est un milieu que je ne connais pas encore beaucoup et avec lequel je n’ai pas autant d’affinités. À chaque fois, je suis
un peu... débalancé. Le texte est très important pour moi, alors que le propos est tellement plus abstrait en danse ! »
Du point de vue de leur travail, cela ne change pourtant pas grand-chose. « Pour le montage du spectacle, c’est sensiblement pareil, ce sont les mêmes techniques. C’est plus différent en ce qui concerne la régie, parce qu’on ne se fie plus
à un texte, mais aux mouvements du corps », précise Jean-Sébastien Gohier. « Sinon, ça se ressemble beaucoup, ajoute François Marceau. On travaille sur la reprise du spectacle, en cherchant à reproduire la conception originale. »
Tour du monde
Grâce à O Vertigo, les deux techniciens ont l’occasion de voyager à travers le monde, ce qu’ils apprécient par-dessus tout. Depuis son embauche, François a notamment accompagné des spectacles dans l’Ouest canadien, en Amérique
latine, en France, en Autriche, etc. Une vie intense, aux horaires chargés, culturellement enrichissante et jamais ennuyante. Même quand les problèmes sont au rendez-vous !
D’un endroit à l’autre, les techniciens doivent s’adapter à de nouveaux collaborateurs – embauchés par les salles qui accueillent leurs spectacles –, à des mentalités, à des conditions et à des méthodes
de travail différentes. « Ça demande de la débrouillardise, note François Marceau. Il ne faut pas se dire que notre façon de travailler est la meilleure. On doit plutôt apprendre à regarder les autres faire, pour comprendre comment
ça fonctionne chez eux. » Ces divergences peuvent même devenir une richesse. « Parfois, on se dit : ah ! c’est intelligent, cette méthode ! On ne fait pas ça chez nous ! » dit Jean-Sébastien Gohier.
Parlez-vous anglais ?

Passare d’O Vertigo – © Ginette Laurin |
En tournée, la langue d’échange peut parfois poser problème. « Souvent les gens parlent anglais, mais pas toujours, explique François. Au Mexique, on n’avait pas d’interprète, et seuls deux de nos techniciens parlaient un petit
peu espagnol. Il devient alors compliqué d’expliquer : “Il faut placer ça là.” Ça prend plus de temps. » Heureusement, le langage des signes est international... En revanche, le vocabulaire technique anglophone est relativement
universel. Sauf en France, où malgré la langue commune, les termes se révèlent souvent dissemblables...
Selon les pays, les conditions techniques peuvent aussi varier. « Au Mexique, c’est très différent... et beaucoup plus épeurant !, avoue le régisseur d’éclairages en rigolant. Pour régler les lampes au plafond, ils utilisaient
des plates-formes en bois sur roulettes, bricolées n’importe comment. Le travail est beaucoup plus dangereux. »
Il faut aussi s’accommoder de certains traits culturels, par exemple d’un rythme de travail différent, qui met parfois en péril l’horaire de montage du spectacle. François Marceau se souvient de cette représentation éprouvante à
Londres où il avait terminé sa tâche en retard : des problèmes, et une équipe réduite qui lui annonce soudainement : « We stop for tea... » pendant 45 minutes !
Des anecdotes de tournées mémorables, le duo en a déjà accumulées quelques-unes dans ses bagages. Reste que Jean-Sébastien Gohier et François Marceau savourent visiblement l’aventure passionnante qu’ils vivent avec O Vertigo.
Une troupe qui permet aux deux techniciens de traverser des frontières à la fois artistiques et géographiques.
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