| Savoir s'entourer
Par Christian Saint-Pierre
Diplômés respectivement en Interprétation, en Écriture dramatique et en Production, Patrick Drolet, Olivier Kemeid et Stéphanie Capistran-Lalonde ont fondé leur compagnie, les Trois Tristes Tigres 2, il y a deux ans afin
de voir éclore leurs projets artistiques, notamment le Cabaret Libre International de Montréal (CLIM), initié lors de leur passage à l’École. Sans pour autant mettre leurs carrières solos en veilleuse, les membres du trio ne cessent d’imaginer
de stimulantes entreprises communes. Les félins auraient-ils l’esprit de famille?

Patrick Drolet, Olivier Kemeid et Stéphanie Capistran-Lalonde |
Pour Olivier Kemeid, cette fraternité est fondamentale au bon fonctionnement de la troupe. « Il faut qu’une amitié soit partagée, un plaisir qui permet de traverser un certain nombre d’épreuves. Ça prend aussi un
minimum de points communs sur la vision du métier. Nous ne sommes pas pareils, nous avons nos spécificités, nous pouvons même être en désaccord, mais nous avons une base commune. » Pour Patrick Drolet, la qualité des échanges constitue
un aspect déterminant de cette complicité. « Nous nous gardons au courant de tout et nous sommes capables de prendre les commentaires des autres. Il le faut, puisqu’après tout nous sommes dans le même bateau ! »
« Le véritable secret de ces inséparables complices, c’est qu’ils se sont donné les moyens de travailler dans le plus total des plaisirs. »
Olivier Kemeid rappelle les conditions dans lesquelles la compagnie a vu le jour. « Nous ne voulions pas attendre d’enclencher ces projets qui nous tenaient vraiment à cœur, parce qu’ils étaient moins institutionnels ou conformes. Pour définir
notre mandat, nous avons imaginé un théâtre idéal. » Parmi les idées qui surgirent de ce remue-méninges, on trouve une préoccupation qui relie les différentes réalisations du trio : une conscience historique aiguë.
Olivier Kemeid considère qu’il est fondamental d’explorer le passé avant d’envisager le futur. « Il faut rattacher ce qu’on fait à ce qui a été fait avant, mais sans en être prisonniers. Malheureusement, la philosophie
des pionniers du Nouveau Monde est souvent : “Avant moi, le déluge !”. En un sens, c’est formidable, ça offre une capacité de création infinie, et nos ancêtres ne sont pas aussi pesants qu’en Europe. Mais, en contrepartie, il y a
souvent une absence de réflexion à propos de ce qui s’est fait avant, un oubli, une amnésie. »
UNE ZONE FRANCHE
Quand on pousse l’investigation un peu plus loin, on s’aperçoit que le véritable secret de ces inséparables complices, c’est qu’ils se sont donné les moyens de travailler dans le plus total des plaisirs. Ainsi, Patrick
Drolet envisage la compagnie comme un espace de grande liberté. « Si le plaisir est de la partie, c’est que les projets viennent de nous. Ensemble, il est possible de se positionner et de s’interroger sur les règles que notre production va demander. » Si
le CLIM est apparu, d’abord entre les murs de l’École, puis dans l’enceinte d’Espace Libre, c’est que les acolytes ont souhaité partager leur précieuse marge de manœuvre avec des artistes aussi audacieux qu’eux. « Nous
avions envie d’un endroit où les étudiants pourraient prendre la parole en tant que créateurs et aussi en tant que citoyens, explique Olivier Kemeid. Aujourd’hui, l’esprit est encore le même : donner une parole de créateur à des
artistes qui doivent souvent s’inscrire dans des cadres très précis. Le CLIM fournit une scène où, tout seul, parfois sans personnage, sans filet ou sans fard, l’artiste peut se positionner dans la Cité. » Les trois complices semblent particulièrement fiers du remarquable équilibre qu’ils ont réussi à instaurer. Olivier Kemeid prétend même qu’ils échappent à toutes hiérarchies. « Entre nous trois, il n’y
a pas de leader. Le lead, nous le prenons par défaut, parce qu’il faut prendre une décision ou répondre à une absence. Nous sommes donc leaders tour à tour, naturellement. » Cette polyvalence, Stéphanie Capistran-Lalonde la considère
comme le plus bel atout de la compagnie. « Ce qui est formidable, c’est que nous sommes issus de trois domaines différents. Cela est assez rare, je pense, parmi les compagnies fondées par de jeunes finissants. Nous sommes intéressés par le travail
de l’autre, mais nous avons chacun nos spécialités. »
Les Trois Tristes Tigres ont créé leur premier spectacle, Tout ce qui est debout se couchera, à l’automne 2004. En août 2005, la compagnie produisait
avec succès la troisième édition du CLIM.
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