NO 03 – printemps 2006

Erwin Weche
Un comédien avant tout

Par Christian Saint-Pierre

Diplômé du programme d’Interprétation en 2003, Erwin Weche est de plus en plus présent sur nos scènes et nos écrans1. Nous avons voulu savoir si l’acteur montérégien d’origine haïtienne – pédagogue, metteur en scène et dramaturge à ses heures – percevait les milieux télévisuels, cinématographiques et théâtraux d’ici comme ouverts aux jeunes comédiens appartenant à une minorité visible.



Erwin Weche dans un costume signé Sarah Balleux (Scénographie, 2003) pour Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas père, mise en scène de Robert Bellefeuille, production du Théâtre Denise-Pelletier présentée à l’hiver 2005. © Luc Lavergne/lavergnephotographe.com

Deux ans et demi après avoir quitté l’École, Erwin Weche se considère chanceux, « pour un comédien noir », de travailler autant. Optimiste, il estime que les débouchés sont de plus en plus nombreux pour les acteurs noirs. « J’ai l’impression d’en voir de plus en plus. Bien sûr, il y a encore beaucoup de travail à faire, mais je sens que c’est bien mieux que ce que ça a déjà été. » Lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi les créateurs d’origine haïtienne sont encore aussi peu nombreux à œuvrer au Québec, le comédien a sa petite idée. « Dans la communauté haïtienne, dans mon temps en tout cas, faire du théâtre, devenir comédien, c’était très mal vu, et j’ai l’impression que c’est encore un peu comme ça. C’est peut-être ce qui explique qu’il y ait si peu de réalisateurs, d’auteurs et de producteurs noirs. Pourtant, j’ai confiance, ce n’est pas peine perdue, ce n’est qu’une question de temps. La preuve  : il y a dix ans, combien y avait-il de comédiens noirs  ? Deux  ? Trois  ? Les acteurs noirs d’aujourd’hui sont encore des pionniers. Nous avons en quelque sorte une responsabilité ; nos décisions auront un impact sur la suite des choses. »

C’est indéniable, pour tous les finissants des écoles de théâtre, l’entrée sur le marché du travail est un choc. Selon Erwin Weche, la transition n’a pas été plus pénible pour lui que pour un autre. «  Bien sûr, jusqu’à maintenant, il y a, pratiquement par définition, moins de rôles pour les comédiens noirs. Cela dit, je n’étais pas pleinement conscient de cela quand j’ai passé les auditions à l’École. Je pensais à une chose à la fois. Mon premier rêve, c’était d’entrer dans une école de théâtre. C’est en 3e année que j’ai commencé à réaliser que les premiers rôles que j’obtenais à l’École, ça n’allait pas durer toujours. Cela dit, je ne pense pas que le choc que j’ai vécu en sortant était plus grand que celui qu’ont ressenti les autres membres de ma classe. En réalité, être Noir, pour un acteur, c’est une situation à double tranchant  : il y a peu d’auditions, mais chaque fois qu’il y en a une, tu es appelé  ! »

Prendre le taureau par les cornes

Bien que contraint à endosser des rôles moins stimulants, des rôles qui se réduisent parfois à la couleur de sa peau, le comédien assume pleinement la situation. « Ce n’est pas parce qu’un personnage est écrit pour un acteur noir qu’il est inintéressant, mais, bien sûr, il y a les Noirs de service  : le meilleur ami, le chauffeur de taxi, le “Yo”, le joueur de basketball… Pour moi, ce sont en quelque sorte des rôles alimentaires. Plus j’ai les moyens de les refuser, plus je me le permets, mais il n’y a pas de souffrance liée à cela. Pour moi, c’est clair  : je fais mon travail avec sérieux, mais je sais toujours pour quelles raisons je le fais. » Il est donc possible d’identifier trois grands types de rôle attribués aux acteurs noirs. D’abord, le Noir de service ; ensuite, le personnage noir étoffé et, en dernier lieu, le personnage, point, celui qui doit être interprété par un comédien, peu importe la couleur de sa peau. Le fait que ce troisième type de rôle soit à ce point absent de nos scènes souligne aussi le manque d’imagination des metteurs en scène, lequel entraîne inévitablement un manque d’imagination analogue de la part des spectateurs. Comme plusieurs, Erwin Weche est souvent démuni devant ce phénomène. Cela dit, il adopte une attitude pour le moins proactive devant cette situation. « Il ne faut pas attendre après les décideurs, les producteurs, les auteurs… Il faut écrire les rôles, les pièces et les scénarios que nous voulons jouer. C’est le meilleur moyen d’abolir les frontières. »

ERWIN WECHE
Après les deux parties du Comte de Monte-Cristo au Théâtre Denise-Pelletier et Aphrodite en 04 au Nouveau Théâtre Expérimental, on pourra voir Erwin Weche dans Les Châteaux de la colère, une création du Théâtre à corps perdu qui sera présentée en avril 2006 ; dans Moi, chien créole, une production du Théâtre du Grand Jour qui sera créée en Guadeloupe en 2007 et dans Un dimanche à Kigali, un film de Robert Favreau prenant l’affiche en avril 2006.

 


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