NO 04 – automne 2006

MICHEL LAVOIE
Mobiliser les troupes

Par Christian Saint-Pierre

Depuis sa sortie de l’ÉNT en 1999, alors qu’il complétait sa formation en Interprétation, Michel Lavoie a œuvré dans plusieurs secteurs de l’activité théâtrale. En 2005, avec le metteur en scène et comédien Michel Bérubé, il parvient à rallier plusieurs jeunes compagnies (Théâtre de la Pire Espèce, Théâtre du Grand Jour, Théâtre I.N.K., Les Porteuses d’aromates, La Compagnie à numér0 et ARGGL) autour d’un rêve, celui d’une coalition artistique. Quelque part en 2007, ce rassemblement va présider à l’ouverture de La Centrale, un nouveau lieu de diffusion entièrement dévoué au théâtre de la relève. Nous avons rencontré ce jeune homme de convictions afin d’en savoir plus sur les raisons qui l’ont incité à s’engager dans ce combat.



© Maxime Côté

« On ne cesse d’affirmer, dans les discours politiques, que la relève est la priorité, mais que fait-on pour elle ? »

Michel Lavoie avoue qu’il est, depuis bien longtemps, fasciné par le rapport unissant le maître et l’élève. « La plus grande force de l’École, c’est de nous permettre de rencontrer des gens. J’ai eu la chance énorme de côtoyer André Brassard et d’être formé par lui. Il nous transmettait sa philosophie de vie, celle d’un individu qui a toujours fait ce qu’il voulait. Ç’a été une grande rencontre dans ma vie, une de celles qui m’ont permis de devenir moi-même. » Suivront d’autres relations professionnelles déterminantes. D’abord avec Cristina Iovita, metteure en scène d’origine roumaine avec qui il cofondera le Théâtre de l’Utopie, puis avec Gisèle Sallin, directrice du Théâtre des Osses, en Suisse, avec qui il collaborera durant huit mois. Michel Lavoie, qui a fait ses débuts dans La Fabuleuse Histoire d’un royaume, aventure théâtrale des plus collectives, connaissait bien les avantages de travailler en groupe. À l’École, il y a goûté plus que jamais. « L’École, c’est un monde idéal, un microcosme, c’est le théâtre tel qu’on le voudrait. Il y a là un esprit de troupe auquel je me suis beaucoup accroché ensuite. »

CENTRALISER LES EFFECTIFS
Cet esprit de troupe, ce sens de la cohorte, Michel Lavoie, fils de syndicaliste, continue d’y puiser. Depuis quelques années, il se porte à la défense de la relève artistique. « On ne cesse d’affirmer, dans les discours politiques, que la relève est la priorité, mais que fait-on pour elle ? Il ne se passe absolument rien, en fait. » Selon le comédien, ceux et celles qui sont à la tête des grandes institutions tardent à faire de la place aux jeunes. « Il y a des gens qui sont en poste depuis tellement longtemps. Il devrait y avoir des règles qui interdisent d’y rester plus qu’un certain nombre d’années. On n’évolue pas, on fait du sur-place en ce moment. Il y a des endroits où il y aurait besoin d’un rafraîchissement. Il faut que plus de gens acceptent de passer le flambeau. » Quand Michel Bérubé et lui apprennent que l’X (le bar punk où ils ont monté Macbeth en 2001, avec la Compagnie à NumérO) est sur le point d’être désaffecté, une idée germe dans leur esprit : partager cette salle avec d’autres créateurs de la relève, mettre des ressources en commun. « On n’en a pas, de place ! Où est-elle, la relève ? Elle est partout... et nulle part ! Les spectateurs ne savent plus où trouver les jeunes. Ça nous prend un lieu, un endroit où on va pouvoir répéter, où on va aller travailler, comme l’artiste en arts visuels se rend à son atelier pour créer. » C’est ainsi que le projet de La Centrale, un lieu de diffusion pour le théâtre de la relève, a vu le jour. « Dans ce lieu, il va y avoir cinq compagnies en création, des équipes qui vont, ne serait-ce que par mimétisme, stimuler la création des autres groupes, ceux qui y seront accueillis. C’est un lieu qui n’appartiendra pas qu’à ses fondateurs, mais bien à tous les artistes de la relève. C’est une aventure extrêmement stimulante ! » Pour la première saison, l’équipe de La Centrale a reçu plus de soixante-dix dossiers. Comme quoi l’initiative répond à un besoin !

 

MICHEL LAVOIE
Originaire de Jonquière, Michel Lavoie est membre fondateur du Théâtre de l’Utopie et de La Centrale. Chanteur, assistant à la mise en scène, mais surtout comédien, il a principalement joué sous la direction de Cristina Iovita (Isabelle, trois caravelles et un charlatan, Jacques le Fataliste, Romania III), Daniel Paquette (Les Trois Sœurs, Ivanov), Michel Bérubé (Macbeth, Un lys entre les épines) et Olivier Choinière (Agromorphobia, Tsé-tsé). Depuis 2000, il incarne le chien dans Pacamambo, une pièce de Wajdi Mouawad mise en scène par Serge Marois et produite par L’Arrière-Scène. En 2006, il prenait part à la création de Venise-en-Québec, une épopée touristique d’Olivier Choinière mise en scène par Jean-Frédéric Messier.

 


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