NO 05 – printemps 2007

FRANCIS MONTY

Par Christian Saint-Pierre

TENDRE UNE CARTE D'ACCÈS


Diplômé en 1997 du programme d’Écriture dramatique, Francis Monty est codirecteur artistique du Théâtre de la Pire Espèce, la compagnie qui a donné naissance en 2004 à la Carte Premières, un outil de promotion et de développement de public particulièrement original. Pour la modique somme de 20 $, les détenteurs de ladite carte ont droit à une réduction de 50 % sur le coût de leur billet. Les billets doivent être achetés pour l’une des premières représentations, ces soirées cruciales où les salles sont si difficiles à remplir, notamment parce que le bouche à oreille n’a pas encore fait son œuvre. Trois ans après sa mise sur pied, la formule suscite un enthousiasme considérable.

Avec Marc Mauduit, architecte du succès des deux premières saisons de la Carte, et David Lavoie, actuel directeur général du Théâtre La Centrale qui pilote le projet, Francis Monty a cherché à répondre à un besoin qui se faisait criant dans le milieu théâtral : suppléer au manque de visibilité dont souffrent les compagnies, pour la plupart issues de la relève, qui se produisent dans des salles dites marginales ou alternatives :  Nous ne voulions surtout pas ajouter à la somme de travail des jeunes compagnies, déjà trop grande pour leurs moyens. C’est pourquoi nous avons choisi de nous charger de tout, autrement dit d’offrir un service. Nous avons dit aux compagnies : voici les règles, voici ce que ça vous coûte, voici ce que ça vous donne. Si ça vous tente, embarquez ! » L’initiative répond sans nul doute à un besoin criant. La preuve : en 2004-2005, la programmation comportait quinze spectacles, en 2005-2006, il y en avait vingt-deux et, cette saison, on en compte trente-quatre.

« La Carte Première s’adresse à des gens qui ne savent pas exactement ce qu’ils vont faire demain... »

 
Il faut dire que pour rejoindre de nouveaux spectateurs, l’équipe de la Carte Premières prend le taureau par les cornes : un lancement débridé à l’automne, un dépliant complet distribué durant toute la saison dans une dizaine de salles, un site Internet, une infolettre et, pièce de résistance, le Redlight, une réappropriation pas banale du bon vieux principe de la bande-annonce. Lors de ces journées hautes en couleurs, le grand public est invité à parcourir les moindres recoins d’un théâtre, partout où sont présentés des extraits des pièces au programme de la saison en cours. Ce sont autant de moyens non traditionnels de rejoindre le public, d’établir de nouveaux rapports avec lui, voire d’aller à la rencontre d’individus qui ne s’intéressent pas, d’ordinaire, au théâtre, des gens qui ne s’imaginent pas assister aux productions d’une seule et même compagnie, encore moins durant une saison complète. Selon Francis Monty, la Carte Premières est plus adaptée aux besoins de sa génération que les abonnements traditionnels :  Elle s’adresse à des gens qui ne savent pas exactement ce qu’ils vont faire demain, dont les horaires ne sont pas stables du tout. En ce sens, la formule est tout à fait unique en son genre. »
 
Il n’y a donc pas que le milieu qui se réjouit de l’apparition de la Carte Premières; le public est lui aussi au rendez-vous : de 150 en 2004-2005, les abonnés sont passés à 375 en 2005-2006 et ils sont actuellement plus de 500. Durant la période où les abonnés peuvent se procurer des billets pour la moitié du prix, c’est maintenant 20 % de la salle qui est occupée par les détenteurs de la Carte. En ce moment, on procède à un sondage auprès des abonnés, afin de les connaître un peu mieux. D’ici à ce que les résultats soient dévoilés, on peut d’ores et déjà affirmer qu’ils sont avides de découvertes, qu’ils apprécient l’audace, qu’ils n’ont pas peur de se déplacer aux quatre coins de la ville et que la souplesse de la formule convient bien à leur mode de vie. Selon Francis Monty, ce ne peut être que « des gens qui ont des goûts variés, qui osent aller à la rencontre de nouvelles formes, des individus qui ne veulent surtout pas être catégorisés et surtout, qui n’ont pas peur de prendre des risques. »

 

Comédien, auteur et metteur en scène, Francis Monty a un don pour le clown, la marionnette et le théâtre de rue, mais il excelle dans le théâtre d’objets. Fondateur et codirecteur artistique du Théâtre de la Pire Espèce, il est cocréateur de Persée et Ubu sur la table, des spectacles joués plus de quatre cents fois en Europe, au Mexique et au Canada. Parmi les pièces qu’il a signées, mentionnons Par les temps qui rouillent, Traces de cloune, Léon le nul et Romances et Karaoké.
 
 

 

 


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